« S’ils travaillaient la terre au lieu de télétravailler, il y aurait moins de sangliers » : l’exode urbain pas toujours simple des Parisiens

Par Olivier Villepreux

Publié aujourd’hui à 18h00

L’aventure commence au coin de la haie. Les gendarmes sortent à découvert à l’entrée d’un village du sud-ouest de la France et font signe au conducteur d’un vieux scooter immatriculé 75 de se ranger. « Vous venez d’où ? » Le pilote en short habite à 200 mètres du lieu du contrôle, à 500 kilomètres de Paris. « Vous habitez à quelle adresse ? » Il habite ici et il y a plus de six ans que le véhicule ronronne sur les départementales du coin mais il est « différent ». « Vous avez bu ? », demande le gradé pour aller au bout de son enquête. Il est 16 heures, le conducteur est sobre. En province (cette étendue floue après le péage, où alternent villages, champs et quelques bourgs industrieux), le Parisien est, par essence, « de passage ».

« Alors ? En vacances ? » Cette ritournelle exaspérante du provincial à l’adresse du Parisien ne serait pourtant plus qu’une réminiscence d’un temps pompidolien où « monter à la capitale » était une promotion. Désormais, la carte est brouillée. Car lesdits « Parisiens » de l’Ile-de-France ont reflué bien avant le Covid vers des villes moins peuplées, moins chères, pour y semer l’inflation des loyers et du mètre carré. Un premier exode des classes moyennes supérieures a eu lieu en TGV, vers Nantes ou Bordeaux, transformées en grande banlieue. Ces transfuges qui désiraient du Paris mais ailleurs (une grande ville, mais sans les inconvénients de la grande ville) suscitaient déjà un certain agacement. Des autocollants « Parisien, rentre chez toi », décorés d’un TGV, avaient alors fleuri dans le chef-lieu de la Gironde en 2017, lors de la mise en service de la ligne à grande vitesse, alors que le prix moyen du mètre carré passait de 3 410 à 4 722 euros, entre 2015 et 2019 (chiffres du baromètre LPI-SeLoger). Après une brève accalmie, les tarifs sont repartis à la hausse en 2021, de plus de 6 %.

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Avec un peu plus d’humour, sur Facebook cette fois, le Front de libération bordeluche face au parisianisme (FLBP) brocardait cette nouvelle vague d’immigrés. « C’est la journée européenne de la dépression. Un salut amical aux Parisiens qui sont venus vivre “dans le sud, à la mer” et qui se retrouvent à Villenave-d’Ornon sous la flotte. » Le Parisien est cet exilé pas toujours bienvenu, colporteur de maux qui le dépassent souvent (snobisme, haine du chant du coq, quinoa à tous les repas). Une sorte d’archétype, à l’instar du bobo. L’évacuation du centre névralgique de l’Hexagone suscitée par le confinement aura encore accentué cet agacement. En en ajoutant un peu sur le ton du snobisme, dans son journal du confinement, l’écrivaine Marie Darrieussecq, qui venait de la capitale pour s’installer dans sa maison de famille au Pays basque, écrit, en mars 2020 : « Nous planquons au garage notre voiture immatriculée à Paris et prenons la vieille que nous gardons ici. Je sens qu’il n’est pas bon de rouler avec un 75 aux fesses… »

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