Six mois après le double meurtre de Cholet, la responsabilité pénale de nouveau au défi de la folie meurtrière

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Publié aujourd’hui à 03h52

La sidération a fini par s’estomper à Cholet. Elle s’est fanée, à l’image des fleurs déposées à l’endroit du drame. Ne subsistent que des roses en plastique. Et l’incompréhension. C’était il y a six mois : deux retraités de 82 et 64 ans tués à coups de poing et de pied, en pleine rue, par un homme de 35 ans dont le suivi psychiatrique avait été stoppé quatre mois plus tôt. Un acte fou. Commis par un fou ? La question obsède cette ville du Maine-et-Loire.

Hors norme par sa violence, ce double homicide n’est pas sans présenter des similitudes avec l’affaire Sarah Halimi, du nom de cette sexagénaire juive défenestrée en 2017, à Paris, par un homme définitivement considéré comme irresponsable sur le plan pénal par une décision de la Cour de cassation, le 14 avril. Bouffée délirante et antisémitisme sont également entremêlés dans l’affaire de Cholet. Aucune trace de cannabis, en revanche, n’a été décelée chez l’auteur des faits, qu’un juge d’instruction a mis en examen pour meurtre et tentative de meurtre aggravé, le 2 décembre. Il a, depuis, été incarcéré dans un établissement pénitentiaire spécialisé, destiné aux détenus et prévenus atteints de troubles psychiatriques graves.

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Il est 15 heures, ce samedi 14 novembre, quand Damien V. quitte son appartement du 7e étage pour descendre fumer une cigarette. Imbrication de petits pavillons, de logements collectifs et de PME, le quartier Leclerc – situé à trente minutes à pied du centre-ville – respire la tranquillité. Vivent ici de nombreux retraités du groupe électronique Thales, propriétaire d’une usine sur un boulevard voisin. Ainsi les Garreau. Entré comme ouvrier après son apprentissage, Paul Garreau, 82 ans, y a terminé sa carrière en tant que technicien d’études et de développement. Son épouse Marcelle, de deux ans sa cadette, a travaillé à la DRH.

« Il fallait que je tue une autre personne »

Un rayon de soleil a poussé les octogénaires dehors, cet après-midi-là, pour une balade d’une heure. Le couple n’était pas sorti depuis le début du deuxième confinement, deux semaines plus tôt. Leur promenade touche à sa fin quand, à 50 mètres de chez eux, ils croisent Damien V., « le regard noir », dira Marcelle Garreau. Ce jeune homme de grande taille (1,90 m) revient alors sur ses pas, et commence à frapper. Avec les mains d’abord, puis les pieds. Des dizaines de coups pleuvent.

Le crâne enfoncé, le visage constellé de plaies, Paul Garreau meurt quelques instants plus tard, sur le trottoir de la rue Eugène-Delacroix. Sa femme, laissée pour morte, survivra après son hospitalisation. L’agresseur, lui, est retourné dans son appartement, où il se lave les mains et reprend sa discussion avec « Dieu ». Car c’est lui, Dieu, qui lui a demandé de faire un tour du quartier, comme il l’expliquera par la suite dans les locaux du SRPJ d’Angers. Lui, aussi, qui lui a intimé l’« ordre » de tuer des « juifs non croyants », selon son expression. La sirène des pompiers, au-dehors, le ramène illico dans l’ascenseur : « Je n’étais pas sûr que le couple allait réellement mourir. Il fallait donc que je tue une autre personne pour faire couler le sang », racontera-t-il.

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