Soirée Jordan Peele, sur OCS : quand l’horreur se met à penser l’histoire

Daniel Kaluuya (Chris Washington) dans le film « Get Out », de Jordan Peele.

OCS – MARDI 19 OCTOBRE À 20 H 40 – SÉRIE

Il y a cinq ans, Jordan Peele était, avec son alter ego Keegan-Michael Key, une étoile montante de la comédie américaine. Entre autres figures satiriques et absurdes, ils avaient inventé le « traducteur de colère », Luther, qui – dans leur version de la réalité – accompagnait partout Barack Obama pour exprimer ce que le très mesuré président laissait à peine sous-entendre. Après qu’ils eurent mis un terme à leur émission à succès, Key et Peele ont choisi chacun leur rôle. Et l’on s’est aperçu que Jordan Peele, garçon au visage poupin qui imitait si bien le locataire de la Maison Blanche, avait lui aussi de la colère à revendre. L’occasion offerte, en cette approche d’Halloween, de voir d’un seul coup ses deux longs-métrages, Get Out (2017) et Us (2019).

L’homme que l’on attendait du côté de la comédie a surgi du côté de l’horreur, avec un coup de maître. Get Out s’empare du postulat de Devine qui vient dîner… Comme dans le film que Stanley Kramer réalisa en 1967, un jeune Afro-Américain (Daniel Kaluuya) est présenté à ses futurs beaux-parents, blancs (Bradley Whitford et Catherine Keener). Mais au XXIe siècle, le racisme n’est plus soluble dans les bons sentiments et cette visite à la famille prend un tour monstrueux. Avec une assurance inattendue chez un débutant, Peele parvient à tenir les deux termes de son pari : faire peur et faire penser. Magnifiquement servi par Daniel Kaluuya, gendre idéal qui s’aperçoit bientôt que tous ses efforts pour complaire à sa belle-famille seront vains, Get Out prend le chemin de l’horreur pour mieux s’avancer dans l’inconscient d’un pays qui n’en finit pas de se débattre avec l’héritage de la traite et de la servitude.

Figures burlesques

Plus ambitieux encore, Us est une méditation cauchemardesque autour de son titre même : quel est le lien qui fait que l’on passe du « je » au « nous ». Autour d’une famille afro-américaine en vacances, Peele dessine des figures d’abord burlesques (les amis blancs, parmi lesquels on reconnaîtra Elisabeth Moss) puis monstrueuses. La réalité se défait en un reflet trouble, peuplé de créatures souterraines, comme si à l’Amérique de la surface répondait un empire des profondeurs privé de lumière et de parole. Chaque personnage se dédouble en une galerie de miroirs déformants dont l’architecture s’inspire de l’histoire du pays.

Et si l’on veut parachever cette formation accélérée sur les liens entre l’histoire des Etats-Unis et de leurs communautés et la fiction horrifique, on pourra regarder, sur la plate-forme d’OCS, la série Lovecraft Country, produite, entre autres, par Jordan Peele : la créatrice Misha Green y entreprend de mettre l’imagerie de H. P. Lovecraft, écrivain habité aussi bien par des visions poétiques que par un racisme rédhibitoire, au service de l’histoire des Afro-Américains.

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