Sol Gabetta, du violoncelle l’ardente flamme

Sol Gabetta, en juin 2021, à Bâle (Suisse).

Une église baroque, un pré et deux chèvres : la violoncelliste Sol Gabetta a fondé en 2006 dans un petit village près de Bâle (Suisse) un festival de musique de chambre – à Olsberg, malicieusement rebaptisé Solsberg le temps de la manifestation −, qui se déroulait cette année du 27 mai au 6 juin. La globe-trotteuse y a elle-même vécu quelques années, invitant des musiciens amis triés sur le volet, le temps d’une immersion récréative dans les partitions. Ce 28 mai, l’heure est à la nostalgie poignante du Trio pour piano, violon et violoncelle op. 32 d’Anton Arensky. Impossible de détacher son regard de la musicienne, fin visage expressif, mains puissantes, qui semblent volter autour de l’instrument.

Sol est bien l’astre voulu par sa mère, la dernière de quatre enfants, née après deux jumeaux, morts tous deux à la naissance. « Mon prénom ne doit rien au hasard, mais il n’a rien à voir avec la musique, précise-t-elle. En français comme en espagnol, le soleil est du genre masculin. C’est pourquoi on a dû inscrire Marie-Sol sur mon passeport. » L’artiste parle un français quasi parfait (ainsi que cinq autres langues). Une volubilité fluide et une détermination que l’on retrouve dans son jeu subtil, vivant, coloré, corps léger de danseuse. La musicienne, qui vient de fêter ses 40 ans (elle est née en 1981 à Villa Maria en Argentine) n’a rien de ces violoncellistes qui, yeux clos, bouche entrouverte, tête rejetée en arrière, semblent mimer l’acte d’amour avec leur Stradivarius. Elle est tour à tour fée et diablesse, exubérante, pudique, grave et emportée. Radio France ne s’est pas trompée en faisant d’elle une artiste en résidence pour cette saison de renaissance.

Sol Gabetta a toujours fait preuve d’un pouvoir de persuasion peu commun. Moins de cran et de talent se seraient épuisés devant les écueils de l’apprentissage

Sol Gabetta a toujours fait preuve d’un pouvoir de persuasion peu commun. Comme son frère aîné, le violoniste et chef d’orchestre, Andres Gabetta, elle a d’abord abordé le violon. Mais elle se sent à l’étroit. A 4 ans, elle commence le violoncelle au conservatoire de Cordoba. « La puissance de l’instrument me plaisait », confie-t-elle. Son premier coup de cœur se nomme Christine Walevska, une violoncelliste américano-polonaise qui vivait alors à Buenos Aires. « Elle venait souvent jouer à Cordoba. A 6 ans, je suis tombée amoureuse du son extraordinaire qu’elle avait. » La voici sur la route avec son père tous les quinze jours : huit cents kilomètres pour prendre des cours avec Christine Walevska. « Il y avait chez elle un érable du Japon, très rouge. C’est la couleur qu’il fallait trouver au violoncelle », précise la musicienne.

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