Sortir les femmes de la réserve des musées avec « Aux arts citoyennes ! », sur Arte

L’artiste autrichienne Kiki Kogelnik (1935-1997), pionnière du pop art.

ARTE – MERCREDI 9 JUIN À 22 H 35 – DOCUMENTAIRE

Après le succès d’Elles@centrepompidou en 2009, le Centre Pompidou repose la question de la présence des femmes dans les collections publiques d’art contemporain, en mettant en lumière les œuvres de près de 110 artistes féminines pour sa réouverture, le 19 mai. L’exposition propose une « relecture inédite de l’histoire de l’abstraction » en valorisant le travail d’artistes « parfois injustement éclipsées de l’histoire de l’art ».

C’est exactement le propos du documentaire engagé de Susanne Radelhof « Aux arts citoyennes ! » Partant du constat de la sous-représentation des femmes dans les collections de musées, elle remet en question les récits pour redonner leur juste place, parfois de pionnières, souvent à l’avant-garde, aux peintres féminines. Et d’interroger : « Sur quels critères retient-on une artiste ? Quels mécanismes sont à l’œuvre dans l’oubli ? Les expositions d’artistes féminines favorisent-elles leur reconnaissance ou les cantonnent-elles à une niche ? »

Susanne Radelhof propose une déambulation, comme dans un musée, dans les parcours de ces femmes et apporte sa pierre à l’édifice de la réhabilitation, avec de riches éléments de contexte : elle retrace par exemple la carrière de Berthe Morisot, cofondatrice et star de l’impressionnisme de son vivant, mais dont le nom est souvent éclipsé par ceux de Manet, Renoir, Cézanne ou Degas.

Elles sont nombreuses à connaître des trajectoires similaires, adulées un temps de leur vivant avant de sombrer dans l’oubli. Toutes ont en commun de s’être risquées sur des terrains alors farouchement réservés aux hommes, avec une créativité radicale. Ainsi de la peintre avant-gardiste russe Natalja Gontscharowa, de la Suédoise Hilma af Klint, précurseuse de l’abstraction, de Germaine Krull, pionnière de la photographie moderne, de Kiki Kogelnik, pionnière du pop art, ou de Valie Export, icône de la performance.

Injuste mise à l’écart

A travers les parcours et portraits de ces femmes émergent les facteurs de l’injuste mise à l’écart : assignation à la sphère privée, entraves familiales, accès inexistant à l’éducation artistique, « génération perdue » par la seconde guerre mondiale et les crimes nazis… Avec une constante : « on pensait que les femmes devaient être fécondées dans tous les domaines, y compris dans l’art, qu’elles étaient incapables de créer quoi que ce soit par elles-mêmes », explique Sabine Fellner, commissaire de « City of Women », une exposition consacrée aux femmes artistes à Vienne, en Autriche, en 2019.

Si la presse, les critiques et les historiennes et historiens de l’art jouent un rôle certain dans les « strates de l’oubli », la réalisatrice donne largement la parole aux femmes, dont la démarche n’est pas toujours bien comprise, qui exhument ces artistes trop vite oubliées. Et met ainsi en avant l’idée que c’est l’accession des femmes aux postes de directrice de musée, conservatrice et critique d’art qui a permis l’évolution des regards. La Française Camille Morineau, commissaire de l’exposition Elles@centrepompidou, a fondé l’association Aware, un centre de recherche visant à faire plus de place aux artistes féminines sous-représentées dans l’histoire de l’art. L’Américaine Linda Falcone dirige la fondation Advancing Women Artists à Florence, pour restaurer les œuvres de femmes artistes. Si la réalisatrice reconnaît volontiers qu’aujourd’hui « le vent a tourné », ce documentaire y contribue clairement.

« Aux arts citoyennes ! », documentaire de Susanne Radelhof (All., 2020, 2 x 52 min), disponible jusqu’au 7 décembre sur Arte.tv.