SOS Maïa : « Comment dire à mon partenaire qu’il s’y prend mal ? »

SOS MAÏA

En théorie, la sexualité n’est plus taboue. En pratique, il y a des questions qu’on n’ose poser à personne… En tout cas, à personne qui puisse nous juger (les partenaires, les amis) ou nous reconnaître (les médecins, les psys). Certaines confessions sont des bouteilles à la mer, anonymes, qui sont presque des journaux intimes. Certaines interrogations, en revanche, pourraient concerner des millions de personnes et gagneraient à être discutées collectivement.

Depuis des années déjà, la chroniqueuse de « La Matinale » Maïa Mazaurette (qui n’est pas sexologue, rappelons-le !) reçoit des centaines de messages. Elle y répond désormais une fois par mois, dans le cadre de sa chronique dominicale, avec sa proverbiale bonne humeur – et son obsession toute personnelle pour les ribambelles de statistiques.

Bonjour Maïa, j’ai une question toute simple : quel est votre avis sur le « slow sex » ?

Eh bien, tout dépend de l’assaisonnement. L’idée d’exercer sa capacité d’attention érotique, de prendre son temps pour faire l’amour, me semble merveilleuse… sauf si, vraiment, vous comptez expédier les rapports en cinq minutes et quarante secondes (c’est le temps moyen d’une pénétration). Cependant le slow sex, concept fourre-tout largement inspiré par le sexe tantrique, a tendance à s’associer à un essentialisme new age que, personnellement, je trouve naïf et contre-productif (mais c’est certainement parce que mon « féminin sacré » est mal calibré). Le slow sex se réfère, en effet, souvent à une nature féminine (passive et amoureuse), opposée à une nature masculine (active et sexuelle). Les femmes feraient l’amour avec leur cœur, les hommes avec leur pénis – bref, un grand retour au rayon Mars et Vénus de votre librairie.

A mon avis, non seulement ces conceptions sont désuètes, mais elles anesthésient les possibilités sexuelles, puisqu’à chaque corps est dévolu un rôle unique. Ceci dit, ne jetons pas le slow sex avec l’eau du bain. La plupart des conseils pratiques sont intéressants (la focalisation sur le toucher et la respiration, la déculpabilisation côté performance et orgasme, etc., je vous en avais parlé en décembre 2019). Quant à la théorie, on pourra toujours la laisser au placard.

Est-ce qu’avoir un rapport sexuel avec un homme dès le premier soir fait de moi une femme « acquise » ou « facile » ?

Je me permets de reformuler : ce n’est pas vous, personnellement, qui avez le rapport sexuel. Ce sont deux personnes ensemble. Dont un homme, qui exerce sa propre responsabilité. Si un partenaire vous blâme ou vous manque de respect pour une action que lui-même s’autorise (et vous pousse à commettre), alors ce partenaire est immoral et hypocrite. Voilà pour le regard éventuellement réprobateur des hommes. Quant à votre culpabilité, peut-être pourrions-nous la noyer sous le nombre des « femmes faciles » : en 2015, 34 % des Françaises avaient déjà couché le premier soir, et 55 % des hommes (IFOP-Cam4).

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