Soupçons de favoritisme sur la Fête des lumières de Lyon

L’illumination de la basilique Notre-dame de Fourvière, lors de la Fête des lumières à Lyon, le 6 décembre 2018.

L’ombre du favoritisme plane sur la Fête des lumières de Lyon. Une enquête préliminaire, à laquelle Le Monde a eu accès, révèle de discrètes tractations au cours de la passation du marché public, laissant supposer le choix biaisé d’un artiste, aux dépens d’un autre. Ces manœuvres auraient eu lieu lors de l’édition 2018 des célèbres illuminations de la capitale des Gaules.

Le scénographe Damien Fontaine, 46 ans, et son producteur, Sébastien Salvagnac, 53 ans, sont suspectés d’avoir substantiellement modifié leur projet pour remporter le lot réservé à l’animation de l’emblématique colline de Fourvière, en bénéficiant d’informations privilégiées. Les deux hommes pourraient être poursuivis pour « complicité ou recel de favoritisme », selon le rapport de synthèse des douanes judiciaires, rendu au parquet de Lyon le 3 septembre, et adressé, début novembre, aux protagonistes de l’affaire.

Après deux ans d’investigations perturbées par le Covid-19 et les élections municipales, des auditions et une discrète perquisition à l’hôtel de ville, en décembre 2019, les enquêteurs épinglent aussi un chargé de projet de la ville de Lyon, pour « violation des règles liées aux procédures de passation des marchés publics ». Ce dernier aurait ponctuellement participé aux échanges litigieux, selon le rapport consulté par Le Monde.

L’affaire se noue à partir de l’appel d’offres lancé par la ville en mars 2018. La Fête des lumières est prévue autour du 8 décembre. Le lot de Fourvière porte sur une enveloppe de l’ordre de 200 000 euros TTC, sur un budget global de 3,5 millions, dont la moitié est financée par des partenaires privés. Deux projets sont alors en concurrence. Pour sa huitième participation, Damien Fontaine, metteur en scène plusieurs fois primé, conçoit un spectacle baptisé « 3rd Type2 », avec un ballon dirigeable projetant des « visions rétrofuturistes » sur la colline.

De troublantes similitudes avec un autre projet

Un autre artiste, le plasticien Milosh Luczynski propose, quant à lui, une projection intitulée « Reflets », constituée d’images fragmentées en forme de diamant. La création prolonge l’œuvre permanente de l’artiste franco-polonais, nommée Pattern, composée de vidéos de scènes de vie de la nature et des villes du monde entier. Il est finalement écarté. Mais découvre avec stupeur que le titre « Reflets » et des éléments de langage, tirés de son dossier, ont été transposés dans le projet de M. Fontaine. Face aux explications confuses de la ville, une plainte est déposée, et l’enquête enclenchée en juillet 2019.

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