Sous le golf de Longwy gît la sidérurgie

Par et Emma Burlet

Publié aujourd’hui à 06h00

En ce dimanche ensoleillé de fin septembre, l’ambiance est conviviale au golf de Longwy, en Meurthe-et-Moselle. Sur le terrain d’entraînement, les habitués se saluent chaleureusement. Le tutoiement est de mise. Surtout au club house, où l’on se retrouve pour le « 19e trou », la troisième mi-temps du golfeur, après avoir tourné pendant quatre à cinq heures autour des 18 précédents.

Bernard Carminati, président de l’association sportive du golf de Longwy, montrant la ville au loin, en septembre 2021.

« Le golf a redonné un peu de vie à la ville qui s’est transformée en cité-dortoir, mais il ne suffit pas à tout redynamiser », raconte Valérie Carradori, qui revient tout juste d’une compétition dans le Jura. Cette quinquagénaire brune qui habite la commune voisine de Longlaville vient ici quatre à cinq fois par semaine et joue rarement seule. Sur la terrasse du club house avec vue sur le parcours, elle est d’ailleurs souvent hélée par des confrères venus aux nouvelles. « Ici, les golfeurs sont une grande famille », confie-t-elle.

100 « Fragments de France »

A six mois de l’élection présidentielle, Le Monde brosse un portrait inédit du pays. 100 journalistes et 100 photographes ont sillonné le terrain en septembre pour dépeindre la France d’aujourd’hui. Un tableau nuancé, tendre parfois, dur souvent, loin des préjugés toujours. Ces 100 reportages sont à retrouver dans un grand format numérique.

Une grande famille de transfrontaliers surtout. A l’entrée du golf flottent les drapeaux français, belge, luxembourgeois, allemand, espagnol et européen. On entend même parler italien. Sur le parking, la grande majorité des plaques d’immatriculation des BMW, Porsche et autres Tesla affichent le L luxembourgeois. Souvent des voitures de fonction mises à disposition par les sociétés.

Bernard Carminati (à gauche) et Philippe Moitry, respectivement président et vice-président de l’association sportive du golf de Longwy, en septembre 2021.

On finit par s’y perdre géographiquement : dans la bouche des golfeurs, « ici » renvoie autant à Longwy qu’au Luxembourg, à 5 kilomètres. « On compte environ 15 % de Luxembourgeois, 20 % de Belges et les autres viennent du bassin de Longwy, détaille Bernard Carminati, président de l’Association sportive du golf de Longwy. Il n’y a jamais eu de problèmes relationnels entre les gens. » L’habituée des lieux, Valérie Carradori, remarque : « On se charrie gentiment entre nous, mais il n’y a pas de clans. »

La rouille du passé

Entre deux swings, il n’est pas rare de parler « business ». Valérie Carradori ne travaille plus depuis une vingtaine d’années mais n’hésite pas à mettre en avant les entreprises de son mari. Ce dernier a repris le groupe familial spécialisé depuis soixante-dix ans dans les espaces verts, les piscines et le BTP, avec une société en France et une autre au Luxembourg. « Les discussions partent d’une passion commune, le golf, et permettent de parler boulot, de s’échanger les cartes de visite, explique Valérie Carradori. L’autre jour, j’ai donné celle de mon mari à un golfeur qui avait besoin d’un devis pour la construction d’une piscine et il l’a contacté. »

Entre le sport et les affaires, les habitués ne font plus attention au haut-fourneau couché sur l’herbe. Pourtant, l’imposant bloc de ferraille rouillée détonne au milieu des nuances de vert. Ce vestige du passé rappelle ce que l’on oublie en déambulant sur le parcours vallonné : avant l’ouverture du golf de 130 hectares en 2011 se tenait ici une aciérie.

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