« Sous le soleil de Pialat », sur Arte : le cinéaste de la douleur

Le réalisateur Maurice Pialat lors du tournage d’«A nos amours » (1983).

ARTE – LUNDI 18 OCTOBRE À 22 H 35 – DOCUMENTAIRE

Vous venez de (re)voir, à 20 h 50, Nous ne vieillirons pas ensemble (1972), cette vivisection d’un amour impossible, et vous enchaînez avec Sous le soleil de Pialat, le documentaire de William Karel. Vous le saviez peut-être déjà, sinon vous le constaterez très vite, le réalisateur qui est au centre du film de Karel est le jumeau identique de Jean, l’homme blessé et blessant qu’incarne Jean Yanne dans Nous ne vieillirons pas ensemble.

Quand c’était son tour de passer devant les caméras, pour parler sur les plateaux de télévision des films où il se montrait sous les traits de Jean Yanne, Philippe Léotard (La Gueule ouverte), Guy Marchand (Loulou) ou Gérard Depardieu (Le Garçu), Maurice Pialat poursuivait cette entreprise de mise à nu, se dénigrant avec la même énergie qu’il avait mise à rabaisser ses acteurs pendant le tournage.

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William Karel a été le photographe de plateau de Maurice Pialat, d’A nos amours (1983) à son dernier film, Le Garçu (1995). Il a été témoin de la rencontre miraculeuse entre le cinéaste et Sandrine Bonnaire pour le premier de ces films, du naufrage que fut le tournage de Police (1985), des tribulations de Van Gogh (1991), marqué par de violents conflits entre le réalisateur et ses producteurs. A l’invitation de Pialat, Karel a tourné son premier documentaire pendant le tournage de Sous le soleil de Satan (1987), l’adaptation de Bernanos qui valut à son auteur une Palme d’or, restée fameuse par la bronca qu’elle provoqua dans les travées du Théâtre Lumière de Cannes.

Paroles apaisées et lucides

Pour esquisser (comment faire plus en cinquante-deux minutes ?), le portrait de ce solitaire, qui s’est toujours tenu à l’écart des mouvements (à commencer par la Nouvelle Vague) comme des coteries, Karel a demandé à Sandrine Bonnaire, l’élue, ou à Sophie Marceau, la réprouvée, brutalisée et harcelée par Pialat et Depardieu pendant le tournage de Police (1985), de se souvenir de cet homme qui a tout fait pour se confondre avec son œuvre.

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Accompagnées de documents anciens, comme ce film d’entreprise tourné pour Olivetti (ou travailla Pialat de 1954 à 1957) sur le modèle d’un court-métrage burlesque, ces paroles apaisées et lucides ouvrent une fenêtre sur le processus créatif d’un artiste qui semble n’avoir trouvé d’inspiration que dans la douleur, qu’elle soit de venir au monde (son premier film, L’Enfance nue [1968] montre brutalement le mal de vivre d’un enfant placé), d’aimer (Nous ne vieillirons pas ensemble, Loulou) ou de créer (Van Gogh).

La statue de l’artiste souffrant est à peine nuancée par les dernières séquences consacrées au Garçu, construit autour de la figure d’un enfant, le sien. Cet amour paternel découvert in extremis était néanmoins assombri par la conscience d’une fin prochaine, comme le raconte Gérard Depardieu dans une des séquences les plus émouvantes du film de Karel.

Sous le soleil de Pialat, documentaire de William Karel (France, 2021, 52 min), Arte, 18 octobre 22 h 35, sur Arte.tv jusqu’au 16 décembre.