« Sous le soleil de Platon », sur France Inter : la « magie des mots » avec Stéphane De Groodt

Le comédien belge Stéphane de Groodt devant la projection de son film « Chacun chez soi » lors du 23e Festival international du film de comédie de l’Alpe d’Huez, le 16 janvier 2020.

France Inter – A la demande – Emission

Mais quelle belle idée d’avoir invité Stéphane De Groodt, et quel bonheur de passer un peu de temps avec ce magicien des mots, à la voix douce malgré un débit hyperrapide que seul Antoine de Caunes maîtrise aussi bien que lui !

Mais reprenons. Fils d’un ingénieur et d’une femme au foyer qui s’occupe d’enfants handicapés dans des associations, dernier de la fratrie, Stéphane De Groodt souffre de dyslexie. Parcours scolaire chaotique et emplois divers et variés, de barman à responsable marketing en passant par GO (gentil organisateur) au Club Méditerranée.

Et puis, déjà (toujours), la vitesse – il sera longtemps pilote automobile professionnel. Jusqu’en l’an 2000 où il décide de basculer pleinement du côté clair de la force : Stéphane De Groodt devient comédien à temps plein. Créateur de la série File dans ta chambre et de la chronique « Retour vers le futur » dans les émissions que Maïtena Biraben présenta sur Canal+ (« Le Supplément » et « La Matinale »), on l’entend aussi à la radio. C’est sur France Inter, dans la série d’été imaginée par Charles Pépin (« Sous le soleil de Platon ») qu’on peut donc l’écouter à l’envi.

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Rappelant quelques fulgurances dont son invité a le sensitif secret (« A voir l’océan aussi beau, je me dis que la mer veille ») et accompagné de quelques archives et d’un peu de musique (Alain Bashung), le philosophe (auteur notamment des Vertus de l’échec, Allary éditions 2016) lui demande de réfléchir à cette belle question : « Que peuvent, au juste, les mots quand ils sont justes ? »

« Les mots ont pris soin de moi »

« Les mots ont pris soin de moi, répond simplement Stéphane De Groodt. Ils ont été comme un pansement, ils m’ont aidé à pe/anser. » Et pour penser, il a besoin de mouvement : que cela soit prendre une douche ou marcher. Car il s’agit d’abord et avant tout de se mettre en marche, à l’aventure. « Quand on tente l’aventure, il n’y a jamais d’échec. Et quand on se trompe de chemin, on découvre des choses magnifiques », dit celui qui, au « signifiant », préfère souvent « le sensible, le sincère ».

C’est le plaisir de goûter plutôt que celui de savoir ce qu’il y a dans un plat. Le plaisir du jeu, des mots et de leur polysémie : « J’aime me rendre disponible et me laisser cueillir. » Lui qui ne goûte guère au cynisme, qu’il bannit de ses écrits, travaille un peu, beaucoup, passionnément, passe des heures et des nuits à trouver les bons mots, les mots justes, ceux qui résonnent, ceux qui touchent. Pariant toujours sur l’intelligence de celles et ceux qui écoutent, il ne s’interdit rien, multiplie allitérations, métaphores qu’il file à toute allure. Car de son débit, il faudra bien reparler tout de même.

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Alors, bien sûr, on pourrait convoquer d’autres comédiens coureurs automobiles : Steve McQueen, Paul Newman ou encore Jean-Louis Trintignant (qu’il allait voir à Francorchamps quand il était enfant). Mais il faudrait ajouter ce qu’il confie d’ailleurs sans peine, avec pudeur et justesse, qui semblent aller de pair chez lui : « Dans toutes les strates de ma vie, il y a de la vitesse : en amour, quand j’écris, quand je parle, c’est mon rythme. C’est que très tôt j’ai eu la notion de la mort. » Alors, et en attendant que les Parques viennent nous couper l’herbe sous le pied, filons réécouter encore et encore ce comédien poète.

Sous le soleil de Platon : La Magie des mots, avec l’humoriste Stéphane De Groodt, une émission de Charles Pépin (53 minutes). A réécouter sur l’application de Radio France