Sous l’égide de Flaubert, l’Orient à l’honneur au Festival Berlioz de La Côte-Saint-André

Après avoir rendu hommage, le 18 août, à Camille Saint-Saëns, à l’occasion du centenaire de sa mort, le Festival Berlioz, qui se tient jusqu’au 30 août à La Côte-Saint-André (Isère), a profité d’une autre commémoration, celle du bicentenaire de la naissance de Gustave Flaubert, pour placer sa programmation sous l’influence de l’Orient, destination de rêve littéraire chérie par l’auteur de Salammbô.

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Deux concerts invitaient au voyage sous ces auspices, vendredi 20 août. Le premier – un récital de piano dans l’église Saint-André – avait trait à l’Espagne, où l’Orient a maintes fois imprimé sa marque. Iberia, le cycle monumental d’Isaac Albeniz (1860-1909), en témoigne par quelques couleurs dans la peinture très personnelle de plusieurs villes espagnoles : Séville, Malaga, Grenade, Almeria… Jean-François Heisser ne les présente pas comme un guide de tour-opérateur mais comme un habitant des lieux enclin à partager son quotidien émerveillé. Sa performance est « éclabouissante », si l’on peut user de ce néologisme pour rendre compte de l’effet produit par le jaillissement de couleurs encore fraîches sous l’éclairage d’un doigté expert.

Après un tel parcours, plus révélateur de l’identité du compositeur que de son sujet, on sort un peu désorienté. Le concert d’orchestre, le soir, au Château Louis XI, va remettre le cap dans la direction annoncée par le capitaine Flaubert : « On a compris jusqu’à présent l’Orient comme quelque chose de miroitant, de hurlant, de passionné, de heurté. On n’y a vu que des bayadères et des sabres recourbés, la volupté, etc. (…) Moi, je l’ai ressenti différemment. Ce que j’aime au contraire dans l’Orient, c’est cette grandeur qui s’ignore et cette harmonie de choses disparates. »

Flaubert y aurait trouvé son compte

Mise en exergue dans la remarquable exposition « Les Orientales de Berlioz », accessible gratuitement jusqu’au 31 décembre au Musée Hector-Berlioz de La Côte-Saint-André, ce constat effectué en 1853 par Gustave Flaubert résume le programme donné par l’Orchestre national de Metz sous la direction démonstrative de Constantin Trinks. Notamment pour les échos des Trois contes publiés par l’écrivain en 1877. La Chasse fantastique, de Camille Erlanger (1863-1919), d’après La Légende de saint Julien l’Hospitalier, utilise les ficelles de la musique descriptive sans jamais accrocher l’oreille. Mieux écrite, l’évocation de Salammbô par Florent Schmitt (1870-1958) règle une offensive de chars d’assaut avec une mécanique d’horlogerie tandis que celle d’Hérodiade par Jules Massenet (1842-1912) s’apparente à un chromo un peu kitsch.

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