Sous-marins australiens : à Cherbourg, le « retournement de veste des kangourous » a du mal à passer

Sur le site de Naval Group à Cherbourg (Manche), le 13 avril 2021.

Venues à Cherbourg-en-Cotentin dans le cadre du « contrat du siècle », une commande de douze sous-marins conventionnels par le gouvernement de Canberra, les quelques familles australiennes présentes dans la cité portuaire, quatre-vingts personnes au total, ont pris un terrible coup sur la tête, mercredi 15 septembre.

« Quand les infos sur une possible remise en cause ont commencé à circuler, ce fut la stupéfaction générale », rapporte l’ami de l’une d’elles. Tous les élus de la presqu’île du Cotentin, sans exception, assurent avoir été « très surpris » par la décision australienne de dénoncer l’accord avec la France au profit d’une nouvelle donne avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. « Une décision incompréhensible après cinq années d’engagement. Ce n’est pas une manière de faire pour des alliés de la France », témoigne Stéphane Travert, député La République en marche (LRM) de la Manche.

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Au sein de Naval Group, ville dans la ville où travaillent 3 400 personnes, 500 salariés sont concernés. « On ne les laissera pas au bord du chemin. Le carnet de commandes de Naval Group me rassure », indique Benoît Arrivé, maire Parti socialiste (PS) de Cherbourg-en-Cotentin. Outre le programme Barracuda de six sous-marins nucléaires d’attaque pour la marine nationale, le plan de charge à l’export est fourni. La ville normande est un concentré de matière grise où la densité d’ingénieurs au mètre carré compte parmi les plus importantes de France.

Recrutements gelés

Dès jeudi après-midi, Pierre-Eric Pommellet, PDG de Naval Group, s’est rendu sur le site cherbourgeois dédié à la construction de sous-marins. Plus de 100 engins y ont été construits depuis 1899, dont le Redoutable, devenu un musée à deux pas de là où il fut construit. « Le boss était sous le choc du revirement australien. Naval Group va geler le recrutement d’ingénieurs », a confié un syndicaliste à l’issue de la discrète visite.

Les élus cherbourgeois et du Cotentin ont réagi d’autant plus rapidement qu’ils ont, à l’unisson, mis en avant la bonne santé économique de leur territoire et « l’exceptionnel savoir-faire » des équipes de Naval Group. « Ce n’est pas un choix industriel. Non, il est géopolitique, tempête le maire de Cherbourg. Le coup de poignard australien doit questionner la diplomatie française. »

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Le maire socialiste de Cherbourg, comme David Margueritte, le président LR de la communauté d’agglomération du Cotentin, insiste sur la dynamique territoriale que connaît la presqu’île normande. « Nous sommes en pleine campagne d’attractivité dans les gares et les stations de métro parisiennes. Plus de 5 000 offres d’emplois sont à pourvoir dans le Cotentin. » David Margueritte renchérit : « Même s’il est vrai qu’en termes d’image, le choc australien n’est pas une bonne nouvelle, l’agglomération du Cotentin est la première de France pour les créations d’emplois. Le taux de chômage est de 6 %. » Parmi les recruteurs, LM Wind, où sont fabriquées de gigantesques pales d’éoliennes, peine à embaucher 300 personnes, faute de candidats.

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