Sous-marins : la fin du « contrat du siècle » avec l’Australie porte un coup à l’image de Naval Group

C’était le « contrat du siècle », pour Naval Group, mais aussi pour toute l’industrie française de défense. La vente à l’Australie de douze sous-marins d’attaque (4 500 tonnes, 97 mètres de long) et leur entretien pour un montant de 35 milliards d’euros sur cinquante ans – annoncés en avril 2016 et scellés en février 2019 – va être annulée par le gouvernement conservateur de Scott Morrison.

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Les Français en avaient décroché 8 milliards, mais Canberra avait confié tout le système d’armement à des industriels américains emmenés par Lockheed Martin. C’est désormais le géant américain de l’armement associé à des industriels britanniques qui fournira à la marine australienne des submersibles à propulsion nucléaire dans le cadre d’un vaste partenariat stratégique entre Canberra, Washington et Londres.

En 2016, Naval Group (ex-DCNS) était entré en négociation exclusive, après le rejet de l’offre de l’allemand ThyssenKrupp Marine Systems et du consortium japonais Mitsubishi-Kawasaki. Une négociation très dure sur les transferts de technologies. En outre, l’opinion et la presse, qui organisait des campagnes antifrançaises, n’ont jamais cessé de dénoncer l’accord, qui prévoyait pourtant la réalisation sur place de 60 % de la valeur totale du contrat.

Rapatriement de centaines d’ingénieurs et de techniciens

En 2020, un audit australien s’inquiétait de l’exécution du contrat. Il soulignait la « profonde préoccupation » du ministère de la défense sur certains aspects du partenariat qui constituaient un « risque pour le programme ». Notamment un dérapage du calendrier, contesté par Naval Group, risquant d’entraîner un « trou capacitaire » entre l’ancienne et la nouvelle flotte, livrée entre 2030 et 2050.

En février 2021, le nouveau patron de Naval Group, Pierre-Eric Pommellet, avait dû se rendre d’urgence en Australie pour rappeler l’engagement de Paris en faveur du « made in Australia » (une centaine d’entreprises locales de premier rang) et sauver un accord qui battait de l’aile. Jusqu’à présent, Naval Group a été payé au fil du programme. Naval Group minimise l’impact de cette décision sur une charge de travail, par ailleurs soutenue par les commandes de la marine nationale.

Le coup n’en est pas moins rude pour l’image de l’industriel. Et, dans une moindre mesure, pour son actionnaire Thales (35 %), qui devait fournir des sous-systèmes à Lockheed Martin. Naval Group va rapatrier des centaines d’ingénieurs et de techniciens. Et sans doute engager contre ses anciens clients un contentieux qui durera des années avec, à la clé, des pénalités financières.