Spectacle musical : « Où est passé l’homme à la moto ? » et « Edith Piaf, je me fous du passé », fantaisies voyageuses autour de « la Môme »

Béatrice Bonnaudeau dans « Edith Piaf, je me fous du passé » au Studio Hébertot, en septembre 2021.

Elle avait été surnommée « la Môme », à ses débuts dans des cabarets, avant que son nom, Edith Piaf, n’apparaisse en grand sur des affiches et aux frontons des salles de music-hall les plus réputées. Sans prétexte commémoratif de type centenaire ou cinquantenaire de ceci ou cela – elle est née le 19 décembre 1915 et est morte le 10 octobre 1963 –, Edith Piaf est évoquée dans deux spectacles à Paris. Sous forme d’une enquête pour l’un et d’une intrigue autour d’une substitution pour l’autre.

Au Guichet Monparnasse, dans Où est passé l’homme à la moto ?, la chanteuse et accordéoniste Céline Caussimon est l’inspectrice Mélodie, obsédée par un mystère. De L’Homme à la moto de la chanson que créa Piaf en 1956, adaptation en français par Jean Dréjac de Black Denim Trousers and Motorcycle Boots, écrite par Jerry Leiber et Mike Stoller et interprétée par les très oubliés The Cheers, il ne reste après un possible accident que « sa culotte/ses bottes de moto/son blouson de cuir noir ».

C’est à un jeu de plus ou moins fausses pistes, de textes en textes de différentes chansons, que l’on est convié. Son inspectrice Mélodie commence par la capitale. Il est 5 heures lorsque Paris s’éveille (Jacques Dutronc), puis elle se rend sur Les Champs-Elysées (Joe Dassin), rencontre ensuite une serveuse qui « essuie les verres au fond du café » et se souviendra avoir vu Les Amants d’un jour chantés par Piaf. Il ne faut pas tout dévoiler, et surtout pas la fin, de cette fantaisie voyageuse dans le patrimoine de la chanson. Disons juste qu’elle nous mènera aussi « sur un fameux trois-mâts/fin comme un oiseau », en Californie, dans un bar-tabac de la rue des Martyrs…

« Où est passé l’homme à la moto ? », de Céline Caussimon, au Théâtre Le Guichet Montparnasse, en septembre 2021.

Chansons choisies avec soin

Il y a ce qu’il faut d’humour dans le récit entre chaque chanson, avec ici et là, proche de Raymond Devos, un travail sur les mots, leurs sens. Lesquels, par l’interprétation de Céline Caussimon, ses arrangements pour l’accordéon, rendent l’intention, l’univers des interprètes originaux. Par sa durée d’un peu plus d’une heure, ce savoureux spectacle aux chansons choisies avec soin par Céline Caussimon évite d’épuiser son propos et chaque étape est une surprise bien trouvée.

Au Studio Hébertot, Edith Piaf, je me fous du passé, à la fois pièce de théâtre et tour de chant, va et vient entre la réalité de la vie de Piaf et celle fictive de Thérèse, chanteuse de rue prise en main par Lulu (évocation probable de la vraie Lulu de Montparnasse), et Marco, patron de cabaret (là aussi Louis Leplée, qui découvrit Piaf, n’est pas loin). Thérèse ressemble à Piaf, chante comme Piaf, bouge comme Piaf. D’où l’idée de Marco de la présenter dans son établissement un peu miteux comme la vraie Piaf. Le public s’y laisse prendre. On est dans les années 1930, bientôt l’Occupation, les années 1950… Piaf, devenue vedette, en a marre, veut tout arrêter. Son imprésario retrouve Thérèse. Elle va remplacer Edith Piaf, qui lui donne sa bénédiction. Peu à peu, Thérèse devient Edith, se croit Edith, est Edith.

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