« Squid Game » : la noirceur coréenne, version Netflix, envahit la planète

456 Coréens endettés participent à des jeux d’enfants dont la sanction est la mort ou la récompense avec 456 milliards de wons, dans « Squid Game », série de Hwang Dong-hyuk.

NETFLIX – À LA DEMANDE – SÉRIE

Le 27 septembre, dix jours après sa mise en ligne, la série coréenne Squid Show était en passe de devenir le plus gros succès de l’histoire de Netflix, la plate-forme de streaming qui l’abrite, selon Ted Sarandos, le coprésident de la société chargée des contenus, qui s’exprimait lors d’une rencontre professionnelle, la Code Conference. Les misérables exterminés par une poignée de ploutocrates au long des neuf épisodes, écrits et réalisés par le cinéaste Hwang Dong-hyuk, feront donc mieux que les aristocrates de fantaisie de La Chronique des Bridgerton, que les adolescents travaillés par leurs hormones de Sex Education, que le moderne Lupin d’Omar Sy, et que les braqueurs masqués de La casa de papel.

Ce succès planétaire – plus de 16 milliards de vidéos avec le hashtag #SquidGame ont été vues sur TikTok – semble avoir pris les dirigeants de Netflix par surprise. Certes, la série a été confiée à un talent confirmé du cinéma coréen (né en 1971, Hwang Dong-hyuk est de la génération de Park Chan-wook et Bong Joon-ho), auteur de deux grands succès populaires, un thriller social, Do-ga-ni (2011), et une épopée médiévale, The Fortress (2017).

On retrouve dans Squid Game quelques-uns des traits qui, juste avant la pandémie, ont fait le succès de Parasite (2019), le long-métrage de Bong Joon-ho qui a volé de Palme d’or en Oscars, déplaçant les foules de Séoul à New York, pour leur montrer les plaies béantes de la société coréenne.

Brillantes idées de mise en scène

Cette fois, les foules sont restées chez elles, devant leur écran, pour plonger plus longtemps, plus loin, dans une horreur sanglante installée dans l’abîme entre riches et pauvres, illuminée d’éclairs d’humour macabre et de brillantes idées de mise en scène. Sa fortune mondiale, Squid Game la doit autant à ses traits proprement coréens (à commencer par ces jeux d’enfants traditionnels qui structurent le récit) qu’à son universalité (l’inégalité, l’élimination des plus faibles) et, enfin, à son inquiétante adéquation avec notre temps.

Le premier épisode est presque totalement consacré aux tribulations de Seong Gi-hun (Lee Jun-jae), quadragénaire chômeur, divorcé, joueur, qui vit aux crochets de sa mère, pauvre commerçante sur un marché de Séoul. Poursuivi par des usuriers à qui il doit des millions de wons (monnaie qui, grâce à Squid Game est montée au sommet des recherches de conversion sur Internet), en passe de perdre définitivement le droit de voir sa fille, Seong Gi-hun accepte l’offre d’un inconnu qui, sur un quai de métro, tard le soir, lui propose de jouer quelques parties de ddakji (celles et ceux qui se souviennent des pogs verront à peu près de quoi il s’agit). Une fois que le triste héros a épuisé ses maigres économies, son adversaire lui propose de jouer son corps – ses joues, en l’occurrence, qui seront giflées à chaque fois qu’il perdra.

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