« Storia di vacanze », la froide vengeance des enfants dans un monde de brutes

Dennis (Tommaso Di Cola) et Vilma (Ileana D’Ambra) dans le film « Storia di Vacanze » des frères D’Innocenzo.

L’AVIS DU « MONDE » – « À VOIR »

Nouveaux venus dans le cinéma d’auteur italien, les frères Fabio et Damiano D’Innocenzo ne laissent guère indifférents, que l’on aime ou non l’absolue noirceur de leur univers et l’épaisseur de mystère qui entoure leurs personnages. Nés en 1988 en banlieue de Rome, les réalisateurs autodidactes et touche-à-tout (auteurs de poèmes, photographes) n’ont pas tardé à connaître une renommée internationale : leur premier long-métrage, Frères de sang (2018), présenté dans la section Panorama à la Berlinale (Rubans d’argent du meilleur nouveau réalisateur), dressait le constat d’une Italie sombre et malade. A la Mostra de Venise, il y a quelques semaines, leur troisième « long » dévoilé en compétition, America Latina, avec Elio Germano dans le rôle principal, confirmait le tropisme des jumeaux pour le film de genre no future.

Lire notre critique : « Frères de sang » : la griserie de l’illégalité

En compétition à Berlin, en 2020, leur second long métrage, Storia di vacanze (titre initial Favollace), un conte cruel, morbide et décalé, sort en salles le 13 octobre, et il est peu de dire qu’il divise la critique – il a reçu l’Ours d’argent du meilleur scénario. Dans une banlieue pavillonnaire de Rome, les vacances d’été s’annoncent bien languissantes. Pourtant, d’emblée, un narrateur nous prévient qu’un massacre familial a eu lieu à Spinaceto. Ici encore, les parents sont indigents, pas un pour relever l’autre. La vulgarité crasse le dispute à la bêtise et à la brutalité ordinaires. Derrière leurs jeux et leurs cris sous les jets d’eau, les enfants affichent des mines désabusées.

Agencement de vies mornes

Frère et sœur, Dennis (Tommaso Di Cola) et Alessia (Giulietta Rebeggiani) semblent avoir été programmés uniquement pour aligner de bons résultats scolaires. Leurs parents – et tout particulièrement le père (Elio Germano) – sont toxiques et se débarrasseraient bien de leurs marmots en forêt… La porte à côté, une voisine enceinte et chaude comme la braise fait des avances à peine voilées au petit Dennis. Il y a aussi Viola (Giulia Melillo), une jeune fille à la beauté fantomatique, qui semble couver une dépression. Un peu à l’écart, dans une maison sommaire, un père célibataire et fier de ses muscles, Amelio (Gabriel Montesi), apprend à son fils, Geremia (Justin Korovkin), à devenir un petit mâle dominant. Mais le garçon, l’œil éteint, ne semble pas pressé de passer aux travaux pratiques.

On imagine ces enfants dans quelques années, devenus Les idiots (1998) du Danois Lars von Trier, soit une bande de jeunes détournant la débilité ambiante pour créer de la friction entre eux et le reste de la société. Mais il n’est pas dit que les gamins de Spinaceto aient envie d’atteindre la vingtaine. Le malaise et l’incrédulité s’installent devant un tel agencement de vies mornes, filmées au plus près du ricanement des adultes. Ces derniers ne se doutent de rien, mais leurs rejetons préparent un mauvais coup. Studieusement, en silence, dans leur entre-soi enfantin que ne viennent jamais perturber les parents, trop contents de ne pas devoir s’occuper d’eux.

Il vous reste 22.54% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.