« Succession », saison 3, épisode 3 : à couteaux tirés

En un épisode, la série « Succession » est revenue au niveau d’intensité qui marquait le paroxysme de la saison précédente.

Pendant qu’une nuée d’agents du FBI s’abat sur le siège new-yorkais de Waystar Royco sous les naseaux frémissants de fureur du patriarche Logan Roy, Kendall Roy, le prince héritier déchu est recroquevillé dans un placard, à quelques encâblures, dans les studios d’une chaîne de télévision concurrente. Ce sont les dernières minutes du troisième épisode d’une troisième saison qui ressemble de plus en plus à une descente aux enfers pour la famille Roy. Intitulée The Disruption en version originale, Retour de bâton en version française, cette petite heure de chaos est à l’arc narratif de Succession ce que la grande descente, celle qui fait monter le cœur aux lèvres, est à un parcours de montagnes russes. Si l’on s’interrogeait encore sur la bestialité que Logan Roy revendiquait comme stratégie à la fin du premier épisode (« We’ll go fucking beast ») on en discernera maintenant très nettement les contours.

Le temps du prégénérique, Kendall (Jeremy Strong) croit encore à sa bonne fortune. Dans un restaurant chic, il accorde un entretien à une journaliste qui ne cache pas son incrédulité face à l’arrogante naïveté de son interlocuteur. A peine parue l’interview, une citation sert de combustible à l’inextinguible ironie de Roman Roy (Kieran Culkin) le petit frère qui a choisi de rester fidèle à Logan Roy : « tu te sens bien dans ton espace mental ? » (« how’s your headspace ? »), demande-t-il à son père et à sa sœur Siobhan – Shiv pour les intimes (Sarah Snook) – en moquant le verbiage new age de son aîné.

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Mais le temps n’est plus au badinage. L’échec des négociations entre les héritiers du groupe Roy a créé un fossé qui ne cesse de s’élargir. Une soirée de gala consacrée à la liberté de la presse est l’occasion d’une première passe d’armes entre Kendall et Siobhan, dont on sait à quel point ils font peu de cas, l’un et l’autre, de l’indépendance des rédactions de leur empire. Pendant ce temps, Logan exige des témoignages de loyauté, qu’il peine à obtenir. Lorsqu’il demande à ceux de ses rejetons qui lui sont restés (en apparence au moins) fidèles, d’accorder des entretiens témoignant de leur piété filiale, Connor (Alan Ruck), le demi-frère aîné se défile, tout comme Siobhan. C’est finalement Roman qui se soumettra à cette épreuve dont il ne peut se tirer que par le mensonge – en inventant une partie de pêche au lancer dans les Rocheuses. Ce ne sera pas le comble de l’abjection.

Kendall décide de faire irruption au siège de Waystar, dont il est toujours, en théorie, actionnaire et employé. Il le fait au moment même où Shiv doit répondre aux questions des salariés du groupe (questions soigneusement triées), en installant des baffles qui font hurler Rape Me de Nirvana, noyant le discours lénifiant de sa sœur. Pour se venger de cette humiliation, elle sollicite ses frères, leur demandant de signer une lettre ouverte dans laquelle elle rappelle toutes les vilenies commises par Kendall, son infidélité conjugale, ses addictions, ses trahisons. Connor et Roman se défilent, sans même essayer de parer leur refus d’affection fraternelle : le premier voudrait obtenir en échange de sa signature un soutien des rédactions de Waystar à sa candidature présidentielle, le second finit par invoquer « ses intérêts personnels ».

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