« Supernova » : une histoire d’amour dégoulinant de pudeur ostensible

Sam (Colin Firth) et Tusker (Stanley Tucci) dans « Supernova » de Harry Macqueen.

L’AVIS DU « MONDE » – POURQUOI PAS

Sam (Colin Firth) et Tusker (Stanley Tucci) sillonnent, en camping-car, l’Angleterre côté campagne en vieux couple aux habitudes réglées qu’ils forment déjà depuis de longues années. Le premier, pianiste en disponibilité, veille plus que de raison sur le second, écrivain de renom et d’origine américaine, qui présente les symptômes d’une démence – absences et égarements – menaçant à très court terme son autonomie. Ensemble, ils se rendent dans la demeure familiale du malade pour une réception intime entre proches qui pourrait bien être la dernière.

Tire larmes et monotone

Le deuxième long-métrage de l’acteur et réalisateur britannique Harry Macqueen réunit les ingrédients d’un mélodrame potentiellement bouleversant, à commencer par son récit ramassé sur quelques jours visant directement le nerf de l’émotion. L’ensemble fait toutefois assez vite état d’un défaut caractérisé de sobriété. Chaque scène est taillée sur le même motif : mettre en avant ce qui ne se dit qu’à mots couverts au sein du couple, comme les preuves discrètes d’un amour inconditionnel et longuement maturé.

Mais, à force de faire étalage de sa retenue et de sa dignité, le film en devient dégoulinant de pudeur ostensible, servie comme un clin d’œil au spectateur. Scène après scène, les démonstrations de complicité et de dévouement se succèdent, subtilement tire larmes et surtout monotones.

Supernova se pique aussi de poésie, filant la métaphore cosmique à travers le firmament qu’observent, à la lunette astronomique, les deux hommes – où il va sans dire que certaines étoiles s’éteignent sans cesser de briller. Tout cela constitue un cocktail assez fade : un bon goût trop conscient de lui-même qui, voulant saisir l’émotion avec des pincettes, la rate systématiquement.

Film britannique d’Harry Macqueen. Avec Colin Firth, Stanley Tucci, Pippa Haywood, Peter MacQueen (1 h 34).