Sur Canal+, une affaire Ranucci revisitée dans un format hybride, mi-fiction, mi-documentaire

« Dolorès, la malédiction du pull-over rouge », de Julien Seri, entrecroise images d’archives et scènes reconstituées dans un montage périlleux.

CANAL+ – JEUDI 14 OCTOBRE À 21 H 00 – SÉRIE DOCUMENTAIRE

Certes, les séries sont à la mode. Les faits divers n’ont, quant à eux, jamais cessé de l’être. Fallait-il pour autant essayer de croiser « aux forceps » les deux, qui plus est sur un sujet aussi miné que l’affaire Ranucci (également connue sous le nom d’« affaire du pull-over rouge ») ? Il y a effectivement dans les séries un art du découpage et du cliffhanger, une façon de faire exister un personnage en quelques plans et quelques lignes de dialogue, qui ont largement fertilisé la réalisation de documentaires, en témoignent les true crimes anglo-saxons, ces récits d’histoires criminelles réelles qui pullulent sur les plates-formes de SVoD.

Sur le papier, le projet promet donc beaucoup : il s’agit de comprendre comment le petit frère de Marie-Dolorès Rambla, 8 ans, enlevée et tuée en 1974, à Marseille, en est venu, à l’âge adulte, à tuer deux femmes : sa maîtresse Corinne Beidl, en 2005, puis Cintia Lunimbu, une jeune femme vraisemblablement choisie au hasard, lardée de coups de cutter, en 2017, par Rambla, alors qu’il était en liberté conditionnelle (il sera condamné à la prison à perpétuité en décembre 2020).

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Pulsions assassines

L’affaire contient en elle plusieurs sujets. La culpabilité de Christian Ranucci, déjà : exécuté à peine deux ans (en juillet 1976) après son arrestation, il aurait dû, selon le journaliste Gilles Perrault, auteur du livre Le Pull-over rouge (Ramsay, 1978), être innocenté par plusieurs éléments de l’enquête, dont ce vêtement trouvé à proximité du lieu du crime. Sa condamnation à mort, ensuite, versée au dossier du combat abolitionniste. Le traumatisme infligé par la mort de Marie-Dolorès sur sa famille, enfin. Jean-Baptiste Rambla a toujours, devant la justice, désigné la mort de sa sœur comme la source de son mal-être et de ses pulsions assassines.

Le problème est que, entre les deux, le cœur du documentaire balance. Les quatre volets de l’enquête, plutôt bien documentée et qui bénéficie de la participation de plusieurs acteurs et témoins de l’affaire, échouent à percer un mystère comme l’autre : la série n’apporte aucun élément nouveau sur les circonstances de la mort de l’enfant. Quant au cas particulièrement troublant de Jean-Baptiste Rambla, il n’est éclairé que par le biais des expertises psychiatriques présentées lors de ses procès.

Tout ceci ne serait pas très grave si le documentaire, dont le sujet nécessite une rigueur qui confine à la pureté, ne se fourvoyait pas dans une forme hybride et éminemment casse-gueule qui entrecroise images d’archives et scènes reconstituées dans un montage, au mieux périlleux, au pire franchement douteux. Comme ce quatrième volet, qui alterne des images de Rambla pendant son procès pour le meurtre de Cintia Lunimbu et une reconstitution « jouée » de ses interventions à la barre.

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