Sur France 2, un portrait d’Eric Zemmour, « fils médiatique » de Jean-Marie Le Pen

Eric Zemmour, à Beziers (Hérault), le 16 octobre 2021.

FRANCE 2 – JEUDI 4 NOVEMBRE À 23 HEURES – MAGAZINE

« Complément d’enquête » s’est penché à son tour sur « la méthode Zemmour » du presque candidat à l’élection présidentielle : un portrait, à charge, du polémiste d’extrême droite, découpé en petits chapitres bien illustrés, qui tendent à montrer qu’Eric Zemmour est, sinon le fils spirituel, au moins le « fils médiatique » de Jean-Marie Le Pen.

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L’enquête apporte peu de révélations mais fouille les principales étapes de sa carrière, qu’il s’agisse du rôle de Vincent Bolloré, le patron du groupe Canal+ qui l’a mis personnellement en selle sur CNews, à celui des médias dans son ascension. L’équipe a visionné pendant un mois « Face à l’info », et calculé qu’Eric Zemmour avait eu la parole durant onze heures pendant vingt émissions (quand Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron l’ont eue environ trois heures chacun, Marine Le Pen, 1 heure 25), soit plus que tous ses concurrents réunis.

Après ses deux échecs à l’ENA, il a travaillé deux ans dans la publicité, « ça ne donnait pas des résultats formidables », indique Ellen Willer, qui le chapeautait à l’agence FCA, et son patron l’a obligeamment recommandé à Philippe Tesson, directeur à l’époque du Quotidien de Paris. C’est ainsi que le jeune homme est devenu journaliste – mais « pas un enquêteur hors pair », souligne l’une de ses consœurs.

« Vision purement raciale »

Le polémiste se fait bientôt un nom à la télé, et « Complément d’enquête » a creusé un épisode mal connu, un face-à-face, en septembre 2018, sur le plateau de Thierry Ardisson avec Hapsatou Sy, à qui Eric Zemmour reprochait – déjà – son prénom, et jugeait qu’elle aurait dû s’appeler Corinne. La réponse de la jeune femme a été coupée au montage – « Complément d’enquête » l’a retrouvée, ainsi qu’une petite vidéo orageuse avec l’animateur de l’émission où elle annonce, très choquée, qu’elle va porter plainte. Thierry Ardisson lui répond élégamment, « Vas-y, dépose plainte, ça m’arrange, ça sera sur Morandini ». Hapsatou Sy a reçu depuis des menaces de mort, des paquets d’excréments par la poste, on lui chuchote « Corinne » à l’oreille dans la rue. Pourquoi Corinne ? « C’est le prénom des coiffeuses et des secrétaires », a écrit Zemmour dans son dernier livre.

Autre moment fort, les témoignages révélés par Médiapart de Gaëlle Lenfant, qu’Eric Zemmour a embrassée de force en 2005 à l’université d’été du Parti socialiste, et celui d’une toute jeune journaliste, qui remerciait le rédacteur du Figaro de lui avoir payé un café : « Vous allez me remercier autrement, lui a-t-il dit – elle l’a noté dans son journal – et là il me fourre sa langue dans ma bouche. Inattendu, dégoûtant. » Il a recommencé en sortant du café, en lui disant que c’est comme ça que ça fonctionne, dans le journalisme…

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L’enquête a encore décortiqué les seize procédures engagées contre le polémiste (cinq relaxes, deux condamnations, neuf toujours en cours), revient sur ses propos sur Philippe Pétain, a calculé qu’il avait gagné environ 3 millions d’euros avec ses livres, et expertisé, avec Cécile Alduy, spécialiste de l’analyse du discours politique, sept de ses principaux ouvrages. Le mot « race » y apparaît 130 fois. « La seule personne qui a utilisé ce mot autant qu’Eric Zemmour est Jean-Marie Le Pen, indique la sémiologue, c’est une vision purement raciale de la société. » Le vieux patriarche de l’extrême droite en profite, dans l’émission, pour répéter qu’il votera pour le mieux placé à la présidentielle. Et assure qu’il ne ratait pas une émission d’Eric Zemmour. C’est vrai, on le voit même s’assoupir devant sa télé.

« Complément d’enquête » : Zemmour, veni, vidi, Vichy, par Lilya Melkonian, Sébastien Lafargue et Matthieu Rénier (Fr., 2021, 52 min).