Sur France 3, la jeunesse de province se filme et montre sa créativité

L’équipe du tournage d’« Un rêve de cinéma » pose devant le château de Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir).

FRANCE 3 RÉGIONS – LUNDI 25 OCTOBRE À 23 HEURES – SÉRIE DOCUMENTAIRE

Si tu es jeune et que tu veux qu’on parle de toi, mieux vaut être de « Paname », de Marseille ou du « 9-3 » (Seine-Saint-Denis)… que du « deux-neuf » (Finistère). Ainsi peut-on résumer le sentiment d’invisibilité ressenti par la jeunesse de province – mot qui, ici, retrouve toute sa noblesse. Et si la tendance s’inversait ? Pour lancer la saison de sa case hebdomadaire régionale « La France en vrai », France 3 a choisi de donner la parole aux 60 % de jeunes qui vivent dans les territoires ruraux et les villes petites et moyennes de province (chiffres de 2019).

Des provinciaux parfois complexés vis-à-vis des métropoles, et souvent attirés par elles, qui, comme les jeunes des villes, ont des rêves. Alors, pour forcer le destin, ils se sont filmés dans leur village, dans les prés, à la montagne, pour réaliser 13 épisodes diffusés simultanément, lundi 25 octobre, sur les 13 antennes régionales de France Télévisions.

Clivage ruraux-citadins

Treize œuvres aux scénarios et aux mises en scène très différentes. Certaines sont conçues comme le tournage d’un tournage. Ainsi Un rêve de cinéma, un programme court au script noir : de retour dans sa ville de Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir) pour les vacances, une étudiante en cinéma découvre que toute sa famille a été assassinée…

La plupart suivent une poignée de personnages dans leur cadre de vie. C’est le cas de Terre de rap, en Occitanie. Particulièrement émouvant, il donne la parole à Tyler « Devo TLR », fier d’avoir déjà donné un concert « devant 3 500 personnes » ; à Younès « Cremps », à Léo « Alanss » et à Andréas « Lombre », qui anime des ateliers d’écriture pour des élèves. Tous parlent du besoin impérieux et universel de chanter. « La culture hip-hop existe aussi bien dans un village près de Rodez qu’à Paname », résume Lombre.

Le clivage ruraux-citadins prédomine en revanche dans l’emblématique Vallée (de l’Ubaye, dans les Alpes-de-Haute-Provence). Quinze mois de tournage ont ainsi permis de dessiner un large éventail de cas particuliers, tout en utilisant les codes des réseaux sociaux. Depuis Léo, qui, comme tout jeune rural, doit quitter sa vallée pour poursuivre ses études, mais reviendra, parce qu’il l’aime trop. Jusqu’à Lilou, qui rêve d’intégrer un lycée avec une section arts du cirque, même si c’est à 750 kilomètres de là.

Ne sont pas oubliés – et c’est bien vu – ceux qui ont fait le chemin inverse, depuis Marseille, Manosque ou Paris, pour intégrer l’internat de Barcelonnette. De Carla, épanouie en 1re ski-études, à Camille, qui s’ennuie : « Y’a rien à faire, ici ! » Le téléspectateur, lui, n’a pas vu le temps passer.

La Vallée, de Lucie Boudaud (F3 PACA) ; Terre de rap, de David Ctiborsky (F3 Occitanie) ; Un rêve de cinéma, de Jan Sitta (F3 Centre-Val de Loire) ; Tailler la route, d’Emilien Bernard (F3 Ile-de-France)… Liste complète sur France.tv/documentaires (Fr., 2021, 13 × 52 min).