Sur la « scène » de L’Annexe, un duo de cafetiers bien accordé

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Publié aujourd’hui à 12h00

Elle reste debout, hésitante, à mi-chemin entre son comptoir et la table de quatre où nous sommes installés. « Mais moi, je ne suis que l’ombre. Vous feriez mieux de parler à la vedette ! » La vedette astique les chopes de bière avant de les ranger méthodiquement, petits gestes secs, en mouvement perpétuel. William Jaczminski secoue la tête, dit doucement « Non, non, vas-y Murielle, reste discuter avec eux », et retourne à ses verres pour, cette fois, préparer un jus de fruits à sa femme et le lui apporter, sans même lui avoir demandé ce qu’elle avait envie de boire : ces deux-là se connaissent.

William et Murielle Jaczminski, les patrons du bar L’Annexe à Reims, le 9 juin 2021.

Murielle finit par s’asseoir au milieu de ses clients, sur un bout de chaise, dans son bar-tabac de quartier, au cœur de Reims. « Je suis dans le commerce par erreur. J’ai tout fait pour y échapper, au bistrot, mais je n’ai pas réussi ! J’ai même fait des études, vous savez, les Beaux-Arts de Reims. Mais ça m’a rattrapée. J’ai épousé un bistrotier. » Elle avait 2 ans et demi la première fois qu’elle est entrée dans un bar : ses parents avaient repris une affaire. « Mon père, lui, était né dedans. » Dedans, dehors : on ne franchit pas la porte du bistrot impunément. « Un moment, il a fait autre chose, et puis il a eu besoin d’en reprendre un. » Besoin ? « Vous savez, quand on y est habitué, ça peut être dur de se retrouver sans rien à faire le samedi et le dimanche. Dans un bistrot, le week-end a un peu un air de fête. »

Fête du quotidien

Murielle grandit sur un tabouret de comptoir, spectatrice et hôte de cette fête du quotidien. « D’un côté, j’aurais voulu rentrer dans la normalité. J’avais une vie totalement différente de celle de mes amis de lycée. » De l’autre, elle n’arrive pas très bien à vivre sans. « Vers 14-15 ans, quand mes parents ont eu une autre activité, j’ai fait un peu de déprime. Cette ambiance me manquait. L’odeur du bistrot, les bruits. Et puis, ça prend tellement de place dans la vie qu’on a du mal à se projeter autrement. »

« Avec William, on a plein de choses à se dire, mais on ne peut pas : on a toujours du monde ! On n’a même pas le temps de s’engueuler » – Murielle Jaczminski

Quelques tentatives de projection plus tard, Murielle retourne travailler avec sa mère dans un tabac-presse entre Reims et Vouziers. Dans le village d’à côté, un concurrent : William, qui tient un bar-tabac-pension. « En vrai, on se dépannait. On a appris à se connaître, et puis voilà… » Et puis voilà : vingt-deux ans à travailler ensemble, sept jours sur sept. Elle a 57 ans, lui 52. Le couple a une fille et deux « affaires » : L’Annexe, où ils passent la semaine ; et une pêcherie de bord d’étang dans les Ardennes.

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