« Sur les traces de Gerda Taro », sur France 5 : la courte et intense vie d’une pionnière du photojournalisme

La photojournaliste Gerda Taro.

FRANCE 5 – VENDREDI 25 JUIN À 22 h 20 – DOCUMENTAIRE

Pris au plus près des visages de cadavres de civils espagnols qui s’entassent dans la morgue de Valence en cet été 1937, les clichés sont d’une force terrifiante. Ces photos sont signées Gerda Taro (1910-1937), jeune femme de 26 ans qui perdra la vie quelques jours plus tard sur le front près de Brunete, à l’ouest de Madrid. En première ligne avec les soldats républicains, comme à son habitude.

Gerda Taro ? Longtemps restée dans l’ombre de son compagnon d’alors, un certain Robert Capa, la jeune femme ravissante aux cheveux blonds tirant sur le roux est devenue en seulement quelques mois une figure mythique du photojournalisme et du reportage de guerre.

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Cette fervente militante antifasciste, née Gerta Pohorylle à Stuttgart (Allemagne) dans une famille juive originaire de Galicie, a trop souvent été automatiquement associée au grand Capa, son amour des années de bohème à Paris et collègue de travail lors de la guerre civile espagnole. Pendant que le Hongrois à l’œil malicieux traçait sa route, Taro (nouveau nom choisi en 1936, en même temps que son compagnon Friedmann se rebaptisait Capa) commençait elle aussi, en un temps record, à se faire une place chez les photoreporters.

Une incroyable humanité

Mais sa mort prématurée et l’absence de proches capables de faire vivre son héritage photographique la feront disparaître des radars durant plus d’un demi-siècle, avant que des milliers de ses clichés retrouvés dans une mystérieuse « valise mexicaine » ne fasse revenir son œuvre au grand jour.

Ce documentaire se révèle aussi passionnant sur le fond qu’élégant dans sa forme. La musique de Lou Rotzinger est envoûtante, avec duo piano violoncelle. La voix off de Céline Sallette épouse parfaitement la vie aussi brève qu’intense de « la » Taro. Sans oublier la qualité des témoignages recueillis en Espagne, aux Etats-Unis et en Allemagne, la richesse des archives photos et celle des films d’actualité d’époque.

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On découvre une jeune femme passionnée par la mode, la danse et le jazz dans le Stuttgart des années 1920. Puis une militante antinazie, emprisonnée deux mois pour avoir distribué des tracts.

La suite ? L’exil à Paris, les petits boulots, la rencontre avec Friedmann-Capa, la découverte du métier de photographe. Puis la dangereuse aventure espagnole. Au front, c’est le baptême du feu. La photographe militante se fait rapidement adouber par ses camarades de combat. Sa technique crée l’impact, maîtrise les diagonales, accouche de photos d’une incroyable humanité, très différentes des clichés signés Capa.

Sa mort brutale fera du bruit. Organisées par le Parti communiste, ses obsèques au Père-Lachaise seront suivies par des milliers de personnes. Ce qui amena Louis Aragon à écrire : « Le peuple de Paris fit à la petite Taro un enterrement extraordinaire où toutes les fleurs du monde semblaient se donner rendez-vous. »

Sur les traces de Gerda Taro, de Camille Ménager (Fr., 2020, 60 min).