Sur l’île Ratonneau, l’hôpital Caroline, cocon pour musiques innovatrices

L’hôpital Caroline sur l’île Ratonneau (Bouches-du-Rhône), rénové par l’association Acta Vista, le 3 septembre 2014.

Fondé en 1986 par le bassiste et compositeur Ferdinand Richard, le festival Mouvement international des musiques innovatrices (MIMI) a connu plusieurs sites dans le département des Bouches-du-Rhône, avant de prendre le bateau. Les arènes taurines Coinon, à Saint-Rémy-de-Provence, puis de 1990 à 1995, le domaine de l’étang des Aulnes, à Saint-Martin-de-Crau et ensuite le Théâtre antique d’Arles. Jusqu’à cette année 2001 où pour les « mimistes », ce public fidèle, les artistes et équipes techniques, le nouveau territoire des audaces musicales devient l’hôpital Caroline, sur l’île Ratonneau, l’une des quatre de l’archipel du Frioul.

On le découvre le 27 juillet 2001 lors de cette première édition au large de Marseille. Traversée d’une bonne trentaine de minutes, en deux temps. Un arrêt d’abord sur l’île d’If. Edmond Dantès, dit le comte de Monte-Cristo, le héros d’Alexandre Dumas, emprisonné, s’en échappa : « Il nageait, cependant, et déjà le château terrible s’était un peu fondu dans la vapeur nocturne. » Puis, c’est l’arrivée île Ratonneau. On entre par le chemin de Saint-Estève dans un paysage de roches calcaires blanches. Une montée, d’un bon dénivelé et voici l’hôpital Caroline, lazaret construit entre 1823 et 1828 pour les quarantaines des équipages et passagers en cas de maladies contagieuses.

Ambiance étrange

A l’abandon durant plusieurs décennies, les quartiers hospitaliers, la structure en forme de temple antique au centre de la place, ont été rénovés à partir de la fin des années 1970. Et continuent de l’être, chantier d’insertion et de formation professionnelles mené par l’association Acta Vista. Dans les hauteurs de l’île, l’ensemble forme comme un cocon pour les festivalières et festivaliers. La scène est située devant le temple. L’architecture des bâtiments rectangulaires, offrant de larges ouvertures, ses toitures de tuiles orange-rose en pente douce, le vent qui souffle – dont les courants emportaient les miasmes –, donnent à la nuit musicale une ambiance étrange, un peu mystérieuse. L’on irait jusqu’à se croire dans les villes peintes par Giorgio De Chirico. Parmi nos nombreux souvenirs liés à ce lieu de surprises musicales, le 17 juillet 2009, celui de l’embrasement collectif du groupe du guitariste Jean-Paul Bourelly, sur fond de nuages noirs et lourds et de bourrasques.

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Au MIMI, les soirées juillettistes (rock, free, expérimentales…) ont longtemps porté des noms qui ouvrent l’imagination. Au hasard des éditions : « Nuit des salades composées », « Nuit des aiguilles », « Ajouts de ceci et saupoudrages de cela », « Le jeu des miroirs », « Nuit du tsunami », « Nuit des langues pendantes »… Sans voisinage proche sur l’île, elles durent au-delà de minuit. En 2017, suite à une baisse du soutien financier institutionnel, l’association organisatrice Aide aux musiques innovatrices (AMI) a dû quitter l’île et réinventer ses actions ailleurs. On peut néanmoins faire escale à l’hôpital Caroline. En réservant une visite auprès de l’office du tourisme ou lors des Journées européennes du patrimoine, cette année prévues les 18 et 19 septembre.

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