Sur Mezzo, aux frontières du free jazz, Miles Davis électrise la Salle Pleyel

Miles Davis, lors du Newport Jazz Festival à Paris, Salle Pleyel, le 3 novembre 1969.

MEZZO – LUNDI 27 SEPTEMBRE À 20 H 30 – CONCERT

Fondé en 1954 par Elaine et Louis Lorillard, couple de mécènes, le Newport Jazz Festival, dans la cité portuaire de plaisance de l’Etat de Rhode Island, sur la côte est des Etats-Unis, avait été confié pour son organisation au producteur George Wein (1935-2021). Ce dernier en proposa, dans les années 1960 et jusqu’au début des années 1970, une déclinaison en Europe avec une tournée réunissant de nombreuses formations.

C’est à l’occasion d’un de ces Newport Jazz in Paris, le 3 novembre 1969, que le quintette du trompettiste Miles Davis (1926-1991) vint Salle Pleyel, pour deux concerts. Le film de cette soirée est l’un de ceux que présente la chaîne Mezzo dans le cadre de sa programmation commémorative « Miles Davis – 30 ans ». Le dernier, un concert à Munich en 1988, sera diffusé mardi 28 septembre, jour anniversaire de la mort du trompettiste.

A Pleyel, avec Miles Davis, le saxophoniste Wayne Shorter, le pianiste Chick Corea, au piano électrique, le contrebassiste britannique Dave Holland et le batteur Jack DeJohnette. Ils ont été, en février 1969, à l’exception de DeJohnette, parmi les participants aux séances d’enregistrement qui aboutiront à l’album In a Silent Way, publié le 30 juillet 1969, étape fondatrice de la première période électrique de Miles Davis. Et à celles, cette fois avec DeJohnette, du 18 au 21 août 1969, base du double album Bitches Brew, qui sort le 30 mars 1970.

Un prétexte à l’improvisation

Ce quintette est celui que Miles Davis mène depuis fin mai 1969 pour les concerts. La formation est venue jouer au Festival d’Antibes, à Juan-les-Pins (Alpes-Maritimes), les 25 et 26 juillet, et quelques compositions du futur Bitches Brew étaient au programme. Le public ne les connaît pas. Tout comme à Pleyel. De toute manière, elles sont surtout un prétexte, en en interprétant un motif mélodique, une tournerie rythmique, à l’improvisation. Ce que montre et surtout fait entendre de bout en bout ce film du concert parisien.

Davis se penche vers Corea, la musique prend son essor. Directions pour aller vite vers les premiers échanges, les parties solistes. Le son de la trompette de Miles Davis est encore, à l’époque, acoustique, il n’utilisera de pédale d’effets que plus tard. D’un signe de tête, il passe le relais à Shorter ou Corea. Par un court énoncé, il indique qu’il faut passer au thème suivant. Bitches Brew, Riot, I Fall in Love Too Easily pour rappeler les années où Miles Davis jouait des standards… On est parfois à la frontière du free jazz.

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La réalisation n’a pas l’hystérie visuelle de la plupart des captations de concerts d’aujourd’hui, y compris ceux de jazz. Des plans larges, qui durent, quelques mouvements d’un musicien à l’autre pour rester cadré sur un interprète, le jeu des mains. En respect de la musique.

Miles Davis & Friends. Newport Jazz in Paris (1969, 127 min).