Suspendu à l’été 2019, le « train des primeurs » Perpignan-Rungis relancé

Une démonstration d’opérations de chargement de fruits et légumes à bord du train Perpignan-Rungis, lors de la présentation des wagons rénovés, le 21 octobre 2021.

Son retour avait été confirmé par le premier ministre en septembre. M. Castex va relancer, vendredi 22 octobre, le « train des primeurs », qui transporte des fruits et légumes méditerranéens de Perpignan au marché de Rungis (Val-de-Marne) près de Paris, après deux ans d’interruption. Le premier train doit partir du marché Saint-Charles de Perpignan à 16 h 28, pour arriver à Rungis samedi à 3 h 8, à temps pour nourrir le ventre de Paris.

Cette liaison, qui permet l’acheminement en wagons réfrigérés de fruits et légumes dans lequel on charge directement des palettes, avait été suspendue à l’été 2019, faute de clients. La vétusté du matériel – et, partant, des inquiétudes sur la pérennité de la liaison – avait alors été largement mise en cause.

Frédéric Delorme, président de Rail Logistics Europe (filiale de fret ferroviaire de la SNCF), explique aujourd’hui :

« C’était la dure loi du marché qui s’appliquait et elle était très dure, parce que les prix de la route sont imbattables. Le train n’était pas subventionné. »

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Des trains deux fois moins longs

La nouvelle liaison reprend le même principe, mais avec des trains deux fois moins longs. Sur les 80 wagons dont disposait Ermewa (un loueur de wagons, filiale de la SNCF), 34 ont pu être retapés, permettant d’avoir des convois de 12 wagons chacun – avec 12 wagons mobilisés dans un sens, 12 dans l’autre et 10 gardés en réserve ou en maintenance.

Ces 12 wagons transporteront autant de fruits et légumes que 18 camions, cinq fois par semaine de novembre à juillet (pendant la saison des primeurs, surtout venus d’Espagne et du Maroc). Ils ont tous été loués par le chargeur Primever, jusqu’à la fin de 2024. « Pour le jugement de l’offre il fallait avoir des clients qui s’engagent », rappelle M. Delorme.

C’est Rail Logistics Europe qui a été choisi, avec un projet comprenant aussi la création d’une « autoroute ferroviaire » – chargeant des semi-remorques et des conteneurs sur des trains – du Boulou (Pyrénées-Orientales) au port de Gennevilliers (Hauts-de-Seine), qui doit être lancée d’ici à la fin de l’année.

M. Castex avait expliqué peu après son arrivée à Matignon qu’il avait été « meurtri » par la suspension du train des primeurs, qui part de sa terre d’élection. Il n’est pas étranger à la réouverture de la ligne, pour laquelle le gouvernement a lancé en décembre un appel à manifestation d’intérêt pour trouver un repreneur.

Des bénéfices écologiques

L’intérêt étant que cette liaison supplémentaire permet d’acheminer des produits plus variés, surtout destinés à la grande distribution, et de charger des marchandises dans le sens inverse nord-sud, contrairement au train des primeurs qui rentre à vide.

« Ça coûte plus cher que la route et c’est pour ça qu’il faut une subvention, mais les bénéfices écologiques justifient cette subvention », insiste M. Delorme. Celle-ci atteint 14 millions d’euros sur la durée de la convention jusqu’à la fin de 2024, selon Matignon.

Le train des primeurs, qui fournira près de 10 % des flux de fruits et légumes absorbés par Rungis, ne devrait pas rouler au-delà de cette date, car les wagons réfrigérés seront alors complètement à bout de souffle.

L’idée est de faire circuler à partir de 2025 une autoroute ferroviaire de Barcelone à Anvers qui s’arrêterait à Perpignan et Rungis. Une solution qu’approuve Cyril Gornes, directeur du marché de Saint-Charles, pour qui le transport combiné camion-train avec des conteneurs permet un meilleur respect de la chaîne de froid.

Mais il faudra pour ce faire d’ici là construire un terminal dans le marché de gros francilien, qui n’est actuellement pas adapté pour faire débarquer des conteneurs ou des camions. « Un projet ambitieux » d’installation de transport combiné rail-route capable d’accueillir trois trains par jour est dans les cartons.

La CGT-Cheminots, qui s’est beaucoup mobilisée pour le retour du train des primeurs, a déjà fêté sa « victoire » jeudi à Perpignan.

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Le Monde avec AFP