« Suspicion », sur France Inter : des « Affaires sensibles » passées au crible de la fiction

« Suspicion » s’inspire du livre de Caroline Michel-Aguirre, « La Syndicaliste » (Stock, 2019). En photo, le siège du groupe Areva, en mars 2021, à la Défense (Hauts-de-Seine).

FRANCE INTER – JUSQU’AU VENDREDI 25 JUIN À 15 H 00 – ÉMISSION

Au commencement était le réel. Depuis 2014, « Affaires sensibles » revient chaque jour sur un fait divers, politique, économique, social ou culturel de la deuxième partie du XXe siècle et, le vendredi, le récit proposé en première partie d’émission prend la forme d’une fiction.

Imaginée par Christophe Barreyre et animée par Fabrice Drouelle, c’est l’une des émissions phares de France Inter. « La fiction est intéressante pour parler du réel en ce qu’elle ouvre d’autres perspectives, dit le premier, longtemps reporter à l’agence Capa. C’est ce que font en un sens certains romanciers, tels Marie NDiaye ou Emmanuel Carrère. C’est aussi ce que les Anglo-Saxons font beaucoup plus volontiers que nous, n’ayant pas peur de se coltiner avec des affaires récentes ; comme Three Girls, la remarquable minisérie britannique autour de l’affaire des viols collectifs de Rochdale, diffusée en 2018 par Arte. »

De là son envie de développer des séries. Alors certes, France Inter n’a pas les moyens de Netflix, mais elle a la chance de pouvoir s’appuyer sur des auteurs et réalisateurs de grand talent. Ainsi, c’est François Pérache et Cédric Aussir qui signèrent La Veste, consacrée à François Fillon et au « Penelopegate », et Jeanne revient, une série en quatre épisodes sur l’histoire des Le Pen (2018 et 2019). Dernièrement, Vincent Hazard et Baptiste Guiton ont proposé Panda, la voix du djihad, revenant sur le parcours terroriste des frères Clain.

« Zones d’ombre »

Aujourd’hui, on retrouve le duo Aussir-Luciani : après avoir réalisé L’Otage autour de l’affaire Alstom, ils proposent Suspicion, sur une autre affaire politico-industrielle. Quand s’ouvre le premier épisode, nous sommes en décembre 2012. Maureen Kearney, responsable CFDT chez Areva, est retrouvée chez elle, ligotée et bâillonnée, un couteau dans le vagin. Pourquoi une telle agression ? Est-ce parce qu’elle aurait « gêné » les tractations de l’industrie nucléaire française avec la Chine ? Et qui l’a agressée ? Dit-elle seulement la vérité ?

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A partir du fait divers et du livre de Caroline Michel-Aguirre (La Syndicaliste, Stock, 2019), cette histoire atrocement rocambolesque a inspiré à François Luciani une fiction en cinq épisodes, dont l’effet de réel est littéralement vertigineux, grâce à une réalisation et une distribution au cordeau (Maryline Canto en Maureen Kearney ; Claire Dumas et Robinson Stévenin en policiers).

Après vérification méticuleuse des faits, François Luciani a tenté « d’imaginer ce qu’a pu être le calvaire de cette femme »

Après vérification méticuleuse des faits, François Luciani s’est « mis dans les baskets de Maureen pour tenter d’imaginer ce qu’a pu être le calvaire de cette femme ». Le tout avec une empathie « critique », dit-il : « Il ne s’agit pas de rédiger une thèse ni de faire de la propagande, mais bien de tenter d’accéder aux zones d’ombres. »

Un avis que partage Cédric Aussir. « Au-delà des faits et des mécanismes qui s’enclenchent, la fiction peut apporter une dimension humaine, de la complexité, des doutes, des paradoxes. Dans Suspicion s’entend aussi la façon dont les femmes sont perçues, et ce que l’être humain est capable ou non de faire quand il est confronté à l’impensable ou à l’inadmissible », confie cet admirateur d’Honoré de Balzac et de Joris-Karl Huysmans. La comédie humaine prend parfois des allures de tragédie.

Suspicion, série en cinq épisodes, écrite par François Luciani et réalisée par Cédric Aussir. Diffusée dans le cadre de l’émission « Affaires sensibles », jusqu’au vendredi 25 juin à 15 heures et disponible en podcast sur les applications de France Inter et de Radio France.