Sylvette et Serge, deux visages de ces « nouveaux vulnérables »

Selon une étude publiée mardi 12 octobre, le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc), 31 % des personnes interrogées se sentent aujourd’hui en situation de précarité, et le quart d’entre eux attribuent cette situation à la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19. Ce sont 4 millions de Français qui ont basculé, ces deux dernières années, dans une situation économique préoccupante. Deux de ces « nouveaux vulnérables », selon les mots du Crédoc, ont accepté de témoigner au Monde.

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  • Sylvette T., une retraitée contrainte de renoncer à son complément de revenu

Sylvette T., le 8 octobre 2021. Elle a dû fermer son magasin de prêt-à-porter de Tarbes à cause de la crise sanitaire et est aujourd’hui en convalescence après une opération du genou, à Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées).

Pour Sylvette T. (qui n’a pas souhaité que son nom apparaisse), 71 ans, la pandémie a été un séisme dans sa vie de commerçante et de retraitée. Sa petite boutique de prêt-à-porter, spécialiste des grandes tailles, à Tarbes, lui procurait un complément de revenu à sa modeste retraite de 750 euros, mais tout s’est arrêté. « C’était mon monde, confie-t-elle, avec des clientes fidèles, des amies, qui revenaient plusieurs fois par semaine, et on discutait autour d’un café. J’adorais et je vivais bien, presque au large, avec 1 500 euros par mois, un repas au restaurant de temps en temps… Quand le premier confinement est arrivé, en mars 2020, j’ai fermé en me disant que ce serait temporaire. C’était aussi l’occasion de me reposer un peu. Mais, financièrement, cela a été un premier coup de massue. Le propriétaire du magasin a été compréhensif, et a renoncé à son loyer de 700 euros. »

Sylvette étant retraitée, elle n’a pas droit au fonds de solidarité pour les entreprises, alors elle rouvre dès que possible sa boutique, mais les clientes ne sont plus là. « Elles avaient peur de sortir, peur du Covid. L’activité n’a jamais repris comme auparavant. Alors je me suis résolue, la mort dans l’âme, à fermer définitivement, et j’ai liquidé mon stock pour trois francs six sous, auprès de gens du voyage… Après quoi, je suis rentrée chez moi et je me suis couchée pendant une semaine ! Moi qui ai travaillé toute ma vie jusqu’à 70 ans, qui ai cotisé et contribué à la vie du pays – car je ne suis pas une quémandeuse, je suis une battante –, je me retrouve sans moyens, à devoir 25 euros par mois à l’Urssaf jusqu’en 2023. » Et Sylvette T. de poursuivre : « Je n’ai pas droit à l’allocation-logement, au contraire, on a retiré au pire moment les 100 euros que je percevais et l’assistante sociale a conclu l’entretien en disant : Il faudra vous contenter de votre retraite… J’ai dû rembourser un prétendu trop-perçu d’APL de 100 euros et les quatre seuls coups de fil que j’aie reçus de l’administration, c’était pour me réclamer cette somme ! », s’insurge-t-elle.

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