Sylvie Brunel : « Défendre la Camargue contre la mer n’est pas un vain combat »

Tribune. Le bel entretien de l’écologue et géographe Raphaël Mathevet sur l’« écologie du sauvage » en Camargue dans le Monde du 4 août interpelle. Pourquoi tenter de maintenir le flamant rose en Camargue, alors que l’espèce est naturellement nomade, explique-t-il, et alors que l’Etat a décidé de « renaturer » le milieu ? Lutter contre l’érosion côtière et la montée de la mer serait vain et coûteux.

On peut déplacer le kaléidoscope et donner une tout autre interprétation des faits. Dans l’étang du Fangassier, nichaient naguère 13 000 couples de flamants roses. Les ornithologues et les photographes adoraient ce lieu qui disposait d’une cabane d’observation unique. L’étang est devenu aujourd’hui une terre balayée par le sel et le vent, que les flamants ont désertée.

Pas moins beau

Lorsque le Conservatoire du littoral a racheté les terres appartenant aux Salins du Midi en effet, il a cessé d’entretenir les pompes et les digues, et l’eau de mer est entrée. Les conditions de la nidification des flamants ont disparu, parce que l’entrée de la mer a entraîné la disparition de la petite crevette rose dont ils se nourrissent.

L’emblème aviaire de Camargue s’est alors replié à l’ouest du delta, du côté d’Aigues-Mortes (hors de la Camargue géographique située entre les deux bras du Rhône), où les Salins du Midi continuent de pratiquer leur activité salinière, et les étangs de concentration du sel de créer les conditions propices au flamant.

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Qui a décidé que la Camargue ne méritait pas d’être défendue contre la mer, que c’était coûteux et inutile, alors que 15 000 personnes y vivent à l’année et sont à l’origine de la beauté de son patrimoine naturel et culturel ? Pourquoi l’étang de Vaccarès, dont les séculaires genévriers de Phénicie étaient considérés comme si précieux, a-t-il été déclassé en zone maritime, comme si on acceptait la disparition des mythiques bois des Rièges ?

Défendre la Camargue contre la mer n’est pas un vain combat. Parce que les paysages et la culture que nous aimons tant dans le delta sont le produit des activités humaines : les flamants sont issus de l’activité salinière, l’élevage des taureaux et des chevaux, de l’activité rizicole, qui dessale les terres. Ce sont des activités productives et créatives de richesses, qui font de la Camargue ce qu’un autre géographe, Bernard Picon, qualifie de polder agri-industriel. Le sauvage en Camargue est fabriqué, mais cela ne le rend pas moins beau et attirant !

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