Sylvie Ramond, directrice du Musée des beaux-arts à Lyon : « La crise due au Covid-19 a montré combien nos institutions étaient fragiles »

Sylvie Ramond, dans le jardin du Musée des beaux-arts à Lyon, en juin 2021.

Directrice du Musée des beaux-arts (MBA) et du Musée d’art contemporain (MAC) de Lyon, Sylvie Ramond, 62 ans, dresse un état des lieux des défis qui attendent les lieux d’exposition après dix-huit mois d’épidémie de Covid-19.

La crise sanitaire va-t-elle laisser des traces dans les musées ?

Il est encore trop tôt pour le dire. Depuis cet été, nous connaissons à Lyon de très bons chiffres de fréquentation, meilleurs que ceux d’avant la crise. En 2019, 25 % de nos visiteurs venaient de l’étranger (Etats-Unis, Italie, Royaume-Uni, etc.). Ils ne sont plus que 8 %. Mais ils ont été remplacés par un public régional et national. Les gens ont été frustrés de culture pendant ces mois de fermeture et de privation, ils sont avides de revenir au musée.

Ce sursaut est-il durable ? On ne visite pas le musée de sa ville tous les mois…

J’ose croire que nous avons suscité une envie. L’importance et la diversité de notre programmation, les expositions, les accrochages, les nocturnes, les week-ends thématiques, les ateliers… constituent une offre dynamique, qui nous permet de fidéliser un public local mais aussi d’attirer de nouveaux visiteurs nationaux. Un Musée des beaux-arts doit être aujourd’hui géré un peu comme un théâtre ou une salle de spectacle. Il faut montrer que les collections permanentes vivent, mener des acquisitions qui donneront envie de revenir. Il y a un côté spectacle vivant.

La course à la fréquentation des grands musées est-elle tenable ?

Déjà, avant la crise, nous nous posions la question d’un modèle alternatif. Le système productiviste sur lequel nous vivons a eu pour conséquence de saturer l’offre des expositions en région comme à Paris, dans une logique purement événementielle. La crise due au Covid-19 a montré combien nos institutions étaient fragiles, dans leur modèle économique mais aussi dans l’idée de permanence qui les sous-tend. Un des défis à venir pour nous, j’en suis persuadée, est de conforter cette permanence.

Va-t-on vers la fin des expositions « blockbusters » ?

Sans renoncer à programmer des expositions d’envergure nationale et internationale, nous travaillons à des projets d’exposition conçus à partir de nos collections. Nous en avons déjà organisé deux sur ce modèle : « Penser en formes et en couleurs » au MBA (décembre 2019-janvier 2020) et « Comme un parfum d’aventure » au MAC (octobre 2020-juillet 2021). Une troisième exposition, « A la mort, à la vie ! Vanités d’hier et d’aujourd’hui », sera proposée de novembre 2021 à mai 2022. Ces projets permettent de renouveler le regard sur les collections permanentes en développant des thèmes transversaux, de l’Antiquité jusqu’à la création contemporaine. Ces expositions ont reçu un très bel accueil du public local.

Il vous reste 65.42% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.