Téléportation, femme oubliée, poètes portugais… Nos choix de lectures

LA LISTE DE LA MATINALE

Cette semaine, des livres véritablement en tout genre : huit siècles de poésie portugaise réunis en un volume ; le for intérieur de la reine du suspense Patricia Highsmith, dont sont publiés les journaux et carnets alors qu’on célèbre le centenaire de sa naissance ; le récit des premiers pas d’acteur de Vincent Lacoste dans la bande dessinée de Riad Sattouf ; le roman de l’esclavage de l’écrivain afro-américain Ta-Nehisi Coates, empreint de fantastique ; le roman intime de Christine Détrez, à la recherche d’une femme oubliée, sa mère, morte très tôt.

ANTHOLOGIE. « La Poésie du Portugal des origines au XXe siècle », traduit et édité par Max de Carvalho

Afonso Lopes Vieira (1878-1946) se lamente ainsi dans ses Nostalgies tragico-maritimes : « Elle pleure au rythme de mon sang, la mer/Allongé sur la plage/Rêvant, j’écoute au fond de moi/Un rêve qui se souvient/Et qui pleure quelqu’un. » Le voyage, la mer, le songe du voyage et des lointains, comme les ruines rêveuses de comptoirs oubliés et la présence en creux de l’empire, sont un des éléments les plus fascinants de la poésie portugaise, telle qu’elle nous apparaît dans l’anthologie La Poésie du Portugal des origines au XXe siècle, éditée et traduite par Max de Carvalho. Il est des livres qui rayonnent comme des reliques dans une châsse d’or ; des ouvrages qui exhalent, avant même qu’on les entrouvre, le parfum des plaisirs qu’ils recèlent. On parcourt ce recueil en songeant aux Indes, au cap des Tempêtes, à Lisbonne, à Coimbra, à Porto, en découvrant, au fil de cette immense fresque, près de 300 poètes ayant vécu entre le XIIe et le XXe siècle : huit cents ans d’histoire poétique portugaise. Une épopée de héros et de monstres, tel Ulysse, fondateur de Lisbonne, ou le géant Adamastor, gardien du cap des Tempêtes. Mathias Enard

« La Poésie du Portugal des origines au XXe siècle », traduit et édité par Max de Carvalho, édition bilingue, Chandeigne, 1986 p., 49 €.

JOURNAL. « Les Ecrits intimes. 1941-1995. Journaux & Carnets », de Patricia Highsmith

Toute sa vie, Patricia Highsmith (1921-1995) fut une diariste assidue. A ses yeux, cette pratique permettait de purger les émotions et était bénéfique pour l’analyse intellectuelle. Après sa disparition, cinquante-six volumes de manuscrits, journaux et carnets furent découverts au fond d’une armoire à linge, dans la maison-forteresse qu’elle avait fait bâtir en Suisse. Au total, huit mille pages, réduites à mille après un long travail effectué par la maison d’édition zurichoise Diogenes, l’exécutrice de son fonds littéraire.

Il faut saluer le choix éditorial d’avoir entrelacé les dates et entrées des journaux intimes, qui chroniquent au jour le jour ses amours, ses voyages en Europe et en Amérique du Sud, ses idées sur la religion ou le mariage, avec celles des carnets dévolus aux réflexions littéraires. Se dessine au fil de ces pages une existence perpétuellement tiraillée entre mondanités et solitude, sexualité et création. Les phases d’exaltation succèdent aux périodes d’épuisement, d’angoisse et de dépression. « Toute la vie, note-t-elle, est la quête d’un régime équilibré qui n’existe pas. » Macha Séry

Il vous reste 59.41% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.