Test de Windows 11 : que vaut le nouveau système d’exploitation de Microsoft ?

Le menu « Démarrer » de Windows 11 est très épuré.

La plupart des ordinateurs ont la même clef de voûte logicielle : Windows. Ce système d’exploitation (OS) est le logiciel central de nos PC, il nous permet de jongler avec nos documents comme avec nos programmes. Une nouvelle version baptisée Windows 11 débarque le 5 octobre, en priorité sur les PC très récents, et elle est gratuite. Nous l’avons testée en version quasi définitive durant deux semaines.

Windows 11 mise sur la simplicité en bousculant au passage quelques habitudes, comme jadis Windows 95 en inaugurant le menu « Démarrer », ou Windows 8 et 8.1 en remplissant ce menu de boutons ressemblant à des tuiles. Pour le meilleur ?

Le menu « Démarrer » de l’actuel Windows 10 est surchargé de tuiles à la lisibilité passable.

Une grande clarté

Windows 11 se débarrasse justement des tuiles apparues en 2012. Peu d’utilisateurs les regretteront tant elles étaient confuses, trop nombreuses et trop ressemblantes. Ainsi, lorsque l’on clique sur le menu « Démarrer », s’affichent désormais à leur place une vingtaine d’icônes d’applications, comme le ferait l’écran d’une tablette ou d’un smartphone.

Le nouveau menu « Démarrer » de Windows 11 fait l’effet d’un grand coup de frais.

Ces icônes sont bien lisibles, ni trop nombreuses, ni trop ressemblantes. Grâce à elles, le menu « Démarrer » n’est plus du tout désordonné : il devient limpide. Dans sa partie basse, on trouve deux icônes supplémentaires que Windows choisit automatiquement parmi les applications et documents récemment ouverts. C’est plutôt utile.

Tout en bas de l’écran, on trouve toujours la longue « Barre des tâches » où s’affichent les logiciels ouverts. Ceux-ci sont désormais recentrés au milieu de l’écran, là où l’œil se pose naturellement. Leur présentation est épurée et plus informative.

Les réglages rapides du nouveau Windows sont très inspirés de ceux des smartphones.

Les icônes du Wi-Fi, du volume sonore et de la jauge de la batterie sont toujours reléguées à la droite de cette même barre, mais Microsoft les a regroupées : que l’on clique sur l’une ou l’autre, on ouvre le même panneau de réglages, vaste, clair, hiérarchisé, très proche de celui d’un smartphone. Encore un pas vers la simplicité.

Habitudes bousculées

Les menus évoluant, il faut s’y réhabituer. Chacun trouvera une raison de protester contre une modification gênante : un bouton qui se retrouve enfoui dans les réglages, une combinaison de touches qui n’a plus le même effet, un élément de l’interface qui n’est plus personnalisable ou un « glisser-déposer » qui refuse de fonctionner. Certains se crisperont autour de ces problèmes, pourtant fort rares, les autres apprendront à vivre avec ou à les contourner.

Avec Windows 10, on pouvait afficher la liste des logiciels ouverts en pressant simultanément les touches ALT et TAB. Sous Windows 11, ce raccourci clavier affiche non seulement les logiciels, mais aussi les différents onglets ouverts dans le navigateur de Microsoft, Edge. Cela peut perturber. Les onglets du navigateur concurrent Chrome ne sont en revanche pas détaillés de la même manière.

Avec Windows 11, Microsoft se rallie à une philosophie minimaliste jadis formulée par l’architecte Ludwig Mies van der Rohe en un raccourci saisissant : « Less is more » (« Moins, c’est plus »), un principe clef chez le concurrent Apple. En appauvrissant l’interface de Windows, Microsoft réduit la liberté de ses utilisateurs mais simplifie aussi beaucoup l’usage du logiciel, rendant finalement l’utilisation de l’ordinateur plus intuitive.

Que l’on se rassure : si Windows 11 offre une interface moins personnalisable, ses possibilités demeurent très proches de celles de ses prédécesseurs

Ce compromis a réussi aux smartphones et aux tablettes au-delà de toute attente, mais il correspond peu à la philosophie originelle des PC dotés d’une souris et d’un grand écran, qui ont toujours misé sur la souplesse et la personnalisation. Que l’on se rassure : si Windows 11 offre une interface moins personnalisable, ses possibilités de réglages pointus perdurent, sa mémoire de stockage reste ouverte et aisément modifiable. Globalement, ses possibilités demeurent très proches de celles de ses prédécesseurs.

Des fenêtres qui cohabitent mieux

Historiquement, la promesse de Windows est, comme son nom l’indique, d’afficher les logiciels dans des « fenêtres », puis d’autoriser l’affichage de deux ou trois fenêtres côte à côte sur le même écran et de faciliter leur repositionnement. Dans cette optique, Windows 11 ajoute deux fonctions qui semblent plutôt destinées aux débrouillards.

Ainsi, lorsque l’on promène la souris tout en haut à droite d’une fenêtre, un menu apparaît au bout d’une seconde au-dessus du bouton « Agrandir ». Il permet de choisir un endroit de l’écran où placer le logiciel. Plusieurs cases prédéfinies sont proposées, symbolisées par de petits rectangles.

Lorsque l’on effleure le bouton « Agrandir » d’une fenêtre, un choix d’emplacements apparaît, représentant chacun une zone différente de l’écran. Il suffit de choisir la zone que l’on préfère pour que la fenêtre vienne s’y loger.

Lorsque l’on clique, par exemple, sur le rectangle symbolisant la moitié droite de l’écran, la fenêtre du logiciel s’y glisse docilement. Sur l’autre moitié de l’écran, Windows affiche un choix de logiciels ouverts. Lorsque l’on clique sur l’un d’eux, le logiciel glisse sur l’autre moitié de l’écran. Cela accélère réellement le placement des fenêtres.

Dans un registre similaire, on peut créer un second bureau contenant une autre combinaison de fenêtres, que l’on pourra nommer « loisirs », par exemple, pour jongler avec le premier bureau, pourquoi pas appelé « travail ». La manœuvre existait déjà sous Windows 10, mais elle est désormais plus claire et plus rapide : elle mérite d’être essayée.

Le double bureau de Windows 11 s’avère nettement plus pratique que celui de Windows 10.

Windows soigne les intérêts de Microsoft

On n’est jamais aussi bien servi que par soi-même : Microsoft promeut ses services Office et OneDrive dès l’installation de Windows 11. Après le premier démarrage, son navigateur Edge s’impose comme le navigateur « par défaut » et le remplacer par un concurrent est encore plus pénible qu’auparavant.

Au bas de l’écran, au milieu des logiciels les plus importants, Microsoft incruste sa boutique d’applications et son logiciel de visioconférence Teams, que l’on n’arrive à déloger de cet endroit qu’après une manœuvre un brin complexe. Cette barre est, en outre, plus difficile à personnaliser : il est moins simple d’y ajouter les programmes que l’on juge essentiels.

Lorsque l’on glisse l’icône d’un logiciel vers le bas de l’écran et qu’on la dépose sur la barre des tâches, elle refuse de s’y épingler, comme elle le ferait sous Windows 10. Pour épingler l’icône d’un logiciel à cet endroit, il faut désormais cliquer dessus avec le bouton droit de la souris. En outre, il est désormais impossible de glisser un document sur l’icône d’un logiciel dans la barre des tâches : il ne s’ouvrira pas.

La barre des tâches accueille aussi un troisième – et nouveau – bouton, qui donne accès aux widgets. Il fait apparaître un très grand volet où ces petits panneaux d’information sont désormais regroupés. Ce sont exclusivement des services de Microsoft (météo, bourse, actus, calendrier, etc.), même si d’autres éditeurs pourraient prochainement avoir accès à cette zone.

Fini les widgets qui flottent un par un à différents endroit de l’écran. Désormais, les widgets sont tous regroupés dans un volet que l’on peut faire apparaître à gauche de l’écran.

Pour les PC récents seulement

Le 5 octobre, seule une poignée d’utilisateurs pourront télécharger le nouveau Windows pour remplacer l’ancien : cette nouvelle version est disponible uniquement pour les PC « les plus récents », selon Microsoft. Dans les mois suivants, l’outil de mise à jour automatique de Windows proposera le passage à la version 11 à des ordinateurs moins récents. Certains PC ne se le verront pas proposer avant mi-2022.

Les PC vendus avant 2017 ne font pas partie de la liste des ordinateurs autorisés à passer à Windows 11 : le sont seulement ceux qui sont équipés de processeurs commençant à la huitième génération d’Intel ou de la gamme Ryzen 2000 d’AMD. Vous pouvez vérifier la compatibilité de votre PC avec l’outil de diagnostic de Microsoft, PC Health.

Microsoft justifie cette restriction par l’absence, sur ces ordinateurs moins jeunes, d’une puce de sécurité TPM 2.0, qui permettrait de mieux verrouiller Windows contre les attaques informatiques. Une justification qui ne convainc pas l’ex-analyste en sécurité de Microsoft Kevin Beaumont : il y voit une incitation à la consommation d’ordinateurs neufs dans une période de pénurie des puces électroniques.

Les utilisateurs les plus dégourdis parviendront à installer Windows 11 sur des ordinateurs d’avant 2017 à l’aide d’une clef USB, mais Microsoft refusera d’envoyer à leur PC les mises à jour de sécurité qui colmatent régulièrement les brèches dans la cuirasse de Windows. Nous déconseillons donc cette opération qui accroît substantiellement les risques de piratage.

Une autre fonction de sécurité suscite l’inquiétude des joueurs : la VBS (Virtualization-Based Security), qui pourrait réduire les performances des jeux 3D de 5 à 35 % selon les constats du média américain PC Gamer. Il est possible, mais pas certain, que cette fonction encore facultative soit activée sur tout ou partie des ordinateurs équipés de Windows 11 dans les prochains mois.

En conclusion

Par son dépouillement, par son ergonomie soignée, ce nouveau cru de Windows accueillera mieux les personnes qui n’aiment pas beaucoup les PC. Il pourrait même ramener dans son giron une poignée d’utilisateurs passés à la tablette. Beaucoup d’autres usagers seront conquis par la clarté reposante qui se dégage des nouveaux menus, une réussite dont on n’aurait pas cru Microsoft capable il y a neuf ans, quand est sorti le très confus Windows 8.

Etait-il indispensable de priver de Windows 11 les ordinateurs d’avant 2017 pour des raisons de sécurité ?

Reste que cette mutation se fait au prix d’un appauvrissement de l’interface de Windows et d’un bousculement des habitudes de certains usagers. Deux anicroches qui s’ajoutent à d’autres petites fausses notes : le nouveau Windows pousse plus que jamais les services de la maison mère Microsoft au cœur du logiciel. Par ailleurs, était-il indispensable de priver de Windows 11 les ordinateurs d’avant 2017 pour des raisons de sécurité ? Tout cela pourrait laisser un goût amer à une frange non négligeable des clients de Windows.

Enfin seuls les PC « les plus récents » pourront télécharger et installer Windows le 5 octobre : Microsoft reste très flou sur le groupe d’ordinateurs concernés. Cela ne dérangera pas les utilisateurs les plus prudents, qui préféreront patienter quelques mois avant de passer à Windows 11, afin que ses derniers dysfonctionnements de jeunesse soient corrigés. Terminons par un petit regret : nous n’avons pas pu installer d’application Android sur le nouveau Windows. Cette promesse ne sera tenue, au mieux, qu’en 2022.