« The Eagles – Paradis et enfer de Californie », sur Arte.tv : les très hauts et très bas du groupe américain

Les membres du groupe Eagles : Don Henley, Randy Meisner, Glenn Frey et Bernie Leadon. Au début des années 1970

ARTE.TV – À LA DEMANDE – DOCUMENTAIRE

Pour qui n’associerait au nom « Eagles » que la compilation de leurs succès, Their Greatest Hits 1971-1975, écoulée depuis sa commercialisation, en 1976, à plus de 42 millions d’exemplaires dans le monde, ou leur chanson la plus célèbre, Hotel California (1976), les plus de trois heures du documentaire consacré au groupe américain pourraient paraître longues.

En revanche, l’amateur averti, ou celle ou celui qui voudrait en savoir plus, devrait trouver son compte dans le film réalisé en 2013 par Alison Ellwood, un classique montage d’extraits de concerts, d’images et de sons d’archives, d’entretiens avec les musiciens du groupe, des proches et des collaborateurs (manageur, photographe, ingénieur du son…). Lesquels entretiens ont en partie été menés spécialement pour ce documentaire qui ne se veut pas autre chose qu’une histoire du groupe.

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Fondé début 1971 par le guitariste Glenn Frey – mort en 2016, à l’âge de 67 ans – et le batteur Don Henley, avec le guitariste Bernie Leadon et le bassiste Randy Meisner, Eagles se fait remarquer pour la qualité de ses interprétations, mêlant country, folk et rock, soignant les harmonies vocales – tous chantent. Un premier album, Eagles, en 1972, est propulsé par le succès de la chanson Take It Easy. Desperado et sa chanson titre suivent en 1973, léger retrait commercial avant la gloire, qui viendra avec l’album On the Border, début 1974, un son plus rock et pop, et l’arrivée du guitariste et chanteur Don Felder.

Querelles d’ego

On suivra donc, durant les deux premières heures, après un tour d’horizon de l’enfance et des premiers pas musicaux des uns et des autres, les années 1970 du groupe. Quand les petites salles des débuts sont devenues de grandes arenas, que la camionnette où l’on s’entasse a été remplacée par des limousines et un avion privé. Le pic commercial du groupe culmine avec Hotel California, sorti fin 1976 (32 millions d’albums à ce jour) – le guitariste Joe Walsh a remplacé Leadon.

L’utopie amicale où chacun participe à la conception des chansons se transforme en querelles d’ego, que n’arrangent pas la drogue, l’alcool, les fêtes avec des filles oubliées le lendemain… En 1980, après une tournée mondiale de dix-huit mois, le groupe se sépare. « Un horrible soulagement », déclare Don Henley. Sur scène, le 31 juillet 1980, lors d’un concert à Long Beach, Frey et Felder s’insultent, allant jusqu’à se menacer de mort. L’archive sonore de cet échange est assez glaçante. C’est fini.

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La dernière heure résume les décennies suivantes. Eagles reste un gros vendeur de disques, avec des publications de compilations, de rééditions d’albums, leurs chansons passent à la radio. Il y aura des carrières solo, en particulier pour Frey et Henley. Puis de régulières et fructueuses reformations depuis 1994, de nouvelles querelles, un album en studio en 2007.

Tout cela fourmille de détails sur les enregistrements, le quotidien du groupe – l’excitation autant que l’ennui des tournées –, de souvenirs, d’aveux parfois intimes, en va-et-vient entre les très hauts et les très bas. Dommage, vu sa durée, que le film ne se contente que d’extraits de chansons, quand les plus réputées auraient pu être présentées en entier. Ajoutons que, depuis 2017, Henley, Walsh et le bassiste Timothy B. Schmit, arrivé en 1977, sont à la tête du groupe.

The Eagles – Paradis et enfer de Californie, d’Alison Ellwood (EU, 2013, 186 min). Jusqu’au 6 octobre.