« The Morning Show », une saison 2 entre soap et satire sociale

Hasan Minhaj et Reese Witherspoon dans « The Morning Show », saison 2.

Juste après le générique du premier épisode de la seconde saison de The Morning Show, la série s’autorise une flânerie printanière dans les rues de New York vidées par la pandémie. Il faut en profiter, ce sera le seul répit qu’offriront ces dix heures qui s’égrèneront jusqu’à Thanksgiving (ou à peu près).

Ce rythme frénétique, ponctué de dilemmes éthiques et de peines de cœur, guidé aussi bien par des considérations de marketing (celles qui régissent la vie des personnages comme celles qui gouvernent les créateurs) que par l’habileté de l’équipe de scénaristes, on en a fait l’expérience lors de la première saison. Celle-ci s’achevait sur l’explosion en vol de l’émission d’infotainment – la première matinale de la télévision américaine – qui donne son titre à la série.

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Cette déflagration résultait de la collision entre les pratiques d’une entreprise patriarcale, incarnées par le présentateur Mitch Kessler (Steve Carell), et le soulèvement né de l’affaire Weinstein. Face à la mise en lumière des agissements de Kessler se forgeait une fragile coalition entre un pilier de l’establishment médiatique, Alex Levy (Jennifer Aniston), une nouvelle venue, Bradley Jackson (Reese Witherspoon), et un dirigeant ambitieux et ambigu, Cory Ellison (Billy Crudup). Les trajectoires n’étaient pas forcément rectilignes, mais toutes tendaient vers le même point, la destruction de l’ordre ancien.

Nouvelles ambitions

Pas question, pour AppleTV+, à qui The Morning Show, série coûteuse (le cachet de chacune des stars serait de 1,25 million de dollars, soit 1 million d’euros, par épisode), a apporté son premier succès, d’abandonner personnages et public au lendemain de cette micro-apocalypse médiatique. Il faut que chacune et chacun apprenne à survivre dans les décombres, à y trouver les raisons de nouvelles ambitions, à y faire pousser de nouvelles rancunes, aussitôt contrées par de nouvelles alliances.

Il suffit d’énoncer ces nouvelles règles du jeu pour comprendre que The Morning Show ne sera plus jamais cette fiction née d’un instant historique, mais un univers grouillant qui relève aussi bien du « soap opera » que de la satire sociale. Il faut une somme d’énergie, de talents et d’audace pour que s’émulsionnent ces deux ingrédients. Les poches de Tim Cook, le patron d’Apple, sont profondes, et The Morning Show dispose de tous les moyens nécessaires pour poursuivre sa route, quitte à risquer la surcharge ou la dispersion.

Après avoir brièvement mis en scène les conséquences immédiates du soulèvement en direct mené par Alex Levy et Bradley Jackson, le premier épisode se projette quelques mois plus tard, à la fin de 2019, au moment où la ville de Wuhan, en Chine, commence à faire de timides apparitions dans les journaux télévisés.

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