« The Movies that Made Us », sur Netflix : la fabrique des blockbusters

Richard Gere et Julia Roberts dans « Pretty Woman » (1990), de Garry Marshall.

NETFLIX – A LA DEMANDE – SÉRIE DOCUMENTAIRE

Prenez un film à gros succès (ce qu’on appelle en langage anglicisé un « blockbuster ») des années 1980 et 1990, revenez sur l’histoire de sa conception, de sa production, de son tournage et de sa sortie, faites intervenir des témoins de l’intérieur (producteurs, directeurs de casting, chefs opérateurs, cascadeurs, etc.) : vous avez la recette de la série documentaire The Movies that Made Us sur Netflix.

Sa première saison, en 2019, s’intéressait à Dirty Dancing (1987), d’Emile Ardolino, Maman, j’ai raté l’avion ! (Home Alone, 1990), de Chris Columbus, SOS Fantômes (Ghostbusters, 1984), d’Ivan Reitman, et Piège de cristal (Die Hard, 1988), de John McTiernan. L’année suivante, la même équipe de production réalisait un numéro spécial pour les fêtes de fin d’année, The Holiday Movies that Made Us.

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Jusqu’alors disponible sur la plate-forme mère de Netflix, aux Etats-Unis, voici l’ensemble, créé et réalisé par Brian Volk-Weiss (et coécrit avec Benjamin J. Frost) accessible en France et augmenté d’une saison 2 de The Movies that Made Us. Celle-ci s’intéresse cette fois à Jurassic Park (1993), de Steven Spielberg, Retour vers le futur (Back to the Future, 1985) et Forrest Gump (1994), de Robert Zemeckis, et Pretty Woman (1990), de Garry Marshall.

Parmi les témoins interrogés, aucun acteur vedette n’intervient, sinon par le truchement de documents d’archives télévisées. En revanche, l’histoire du tournage, ce qui l’a précédé et le succès, souvent inattendu, qui s’en est suivi sont auscultés par le menu et abondés de nombreux détails révélateurs.

Incessant continuum

La dramaturgie réitère souvent le même type de situation : un acteur principal hésitant à accepter le rôle, qu’on remplace et qui finit par prendre la place de son remplaçant ; une mésentente entre comédiens qui se mue parfois en atomes très crochus ; un metteur en scène inattendu ou peu expérimenté ; la mort d’un producteur ou la banqueroute d’un studio ; l’impression générale que le film enfin achevé est un désastre jusqu’à ce que les premières projections « tests » révèlent une adhésion du public, avant même que le long-métrage ne soit fignolé par la post-production.

Le rythme général qu’emprunte The Movies that Made Us est celui d’un Bugs Bunny sous acide : le montage zigzague d’un plan à l’autre, copiant-collant des séquences cinématographiques en guise d’illustration mais aussi pour raccorder certains dialogues aux propos des intervenants ou au texte de la voix off qui cabotine et se mêle au jeu de façon irritante. Le principe du bon vieux magnétoscope qui rembobine l’image à chaque flash-back finit par agacer lui aussi.

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Le tout est accompagné d’un incessant continuum de musiques illustratives comme on en trouve partout désormais dans les émissions de télé-réalité et les documentaires : le piano mélancolique nimbé de synthétiseur pour les séquences lacrymales qui, en fin d’épisode, rappellent parfois la mort ou la maladie d’un protagoniste du tournage ; les grillons pour les moments de silence gêné ; les musiques victorieuses quand une situation conflictuelle se dénoue, etc.

De sorte que, pour goûter les épisodes de quelque cinquante minutes aux vertus hautement savoureuses, informatives (du ragot de première main au scoop sur les trucs et prodiges techniques) et divertissantes, il vaut mieux les consommer avec modération.

The Movies that Made Us, série documentaire créée par Brian Volk-Weiss (EU, 2019-2021, 8 x 50 min. environ). Disponible sur Netflix.