Théâtre : « Pour autrui », un heureux événement en gestation

« Pour autrui », de et par Pauline Bureau au Théâtre national de la Colline à Paris.

Tout commence très « chabadabada ». Elles sont rares, les comédies romantiques, dans le théâtre français. Pauline Bureau a osé se lancer, avec une fraîcheur bienvenue : c’est Pour autrui, qui ouvre la saison au Théâtre de la Colline, à Paris. Pour autrui comme « gestation pour autrui » (GPA), bien sûr. La question est au cœur de cette création qui évite, presque jusqu’au bout, la lourdeur démonstrative qui viendrait plomber le plaisir de la représentation.

La jeune autrice et metteuse en scène, qui trace un beau chemin depuis quelques années, aime avant tout raconter des histoires, et inventer des personnages taillés dans la matière même de la vie. Alors voilà : chabadabada, un homme et une femme se rencontrent dans un aéroport, un soir de neige. Elle est chef de chantier pour une entreprise qui installe des toits végétalisés partout dans le monde. Lui est marionnettiste, souvent en tournée.

Ce soir-là, les voilà bloqués à l’aéroport de Francfort, d’où plus aucun avion ne peut décoller. Bel endroit pour une rencontre, hors du temps, hors du monde. Liz et Alexandre rentreront ensemble en voiture à Paris, ils ne se quitteront plus, et auront envie d’avoir un enfant. Mais la comédie vire au drame, et les amoureux vont devoir atterrir un peu brutalement. Pour des raisons que l’on ne dévoilera pas, Liz ne pourra pas porter d’enfant.

Scénographie très réussie

Le couple décide alors d’avoir recours à une gestation pour autrui. De l’autre côté du monde, Kate, la sœur de Liz, est sage-femme dans un hôpital de San Francisco. Elle a une collègue, Rose, qui adore être enceinte, mais ne veut plus d’enfant pour elle-même. Rose portera l’enfant de Liz. Pour autrui raconte le parcours de nombre de couples au plus intime des espoirs, des doutes et des angoisses, à travers des personnages qui ont tous une singularité, une couleur particulière.

Le corps des femmes est une question éminemment politique, que Pauline Bureau explore, avec sa compagnie La Part des anges, depuis ses débuts. Elle a mis en scène le célèbre procès de Bobigny de 1972, qui mènera à la dépénalisation de l’avortement (Hors la loi, spectacle créé à la Comédie-Française en 2019, et fauché par le Covid-19), ou la vie des championnes de l’équipe française de football féminin, à l’heure où celle-ci s’est retrouvée à jouer en Coupe du monde, en 1978 (Féminines, spectacle encore en tournée en France).

Son théâtre est donc toujours très documenté, sans être documentaire. Ni didactique. Dans Pour autrui, l’efficacité des dialogues se conjugue à une mise en scène pleine de charme et de légèreté, soutenue par la scénographie très réussie d’Emmanuelle Roy. Organisé autour d’une cellule en forme d’œuf, le décor se déploie en multiples espaces, qui permettent un découpage quasi cinématographique.

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