Théâtre : « The Jewish Hour », le regard caustique de Yuval Rozman sur Israël

Israël, suite : Yuval Rozman présente The Jewish Hour, deuxième volet de sa trilogie consacrée à son pays. Le premier, Tunnel Boring Machine, traitait de la politique, à travers l’histoire d’amour entre un soldat israélien et un Palestinien dans un de ces tunnels de Cisjordanie qui servent au passage d’armes et de denrées, et aussi de « love tunnels ». The Jewish Hour affronte la question de la judaïté, toujours dans un endroit clos : un studio de radio où l’on verra Bernard-Henri Lévy assassiné, en direct. Mais n’allons pas trop vite.

Lire aussi Article réservé à nos abonnés Théâtre : Yuval Rozman mêle le rire à la tragédie

Revenons au point de départ : Yuval Rozman, né en 1984, élevé dans une famille de gauche, religieuse. Il écrit sa première pièce à 18 ans, déserte de l’armée au bout de vingt mois, se forme au Conservatoire de Tel-Aviv, se lance dans le théâtre, attaque la politique de Benyamin Nétanyahou dans ses pièces.

En 2012, Yuval Rozman quitte Israël. Il part pour Paris, remet sa carrière en jeu, trouve sa place. Il joue en particulier sous la direction d’Hubert Colas, et dirige Laetitia Dosch dans Hate. Mais, après cinq années en France, une question le taraude : « Pourquoi ici je me sens plus juif que jamais ? » Ainsi naît « La Trilogie de ma terre ». The Jewish Hour a été créé en mars 2020. le spectacle a payé son tribut au confinement, mais il a reçu le prix Impatience 2021, qui récompense une jeune compagnie, et il tourne cette saison.

Excitée comme une puce

Il nous emmène à Netanya, une ville au nord de Tel-Aviv où vivent beaucoup de Français qui ont fait leur alya – retour en Israël. C’est à eux que s’adresse The Jewish Hour, une émission faite en direct par Kevin et Stéphanie, un frère et une sœur, dans un studio bricolé. Derrière eux, une étoile de David. Ils accueillent en musique le public, dansent sur leurs chaises pendant le générique. « Bienvenue dans le monde merveilleux du judaïsme ! »

Stéphanie Aflalo dans « The Jewish Hour », de et mis en scène par Yuval Rozman.

C’est parti. Stéphanie donne des nouvelles qui vantent Israël, appelle aux dons avec insistance, reçoit un sportif qui a fait son alya, présente le texte d’étude de la semaine – l’histoire de Caïn et Abel… Excitée comme une puce, riant à tout bout de champ, elle n’échappe à aucun cliché, avec ses fiches, ses clins d’œil au public, ses minauderies. Puis arrive Bernard-Henri Lévy, invité pour son livre L’Esprit du judaïsme. Il ne veut pas entendre quand Stéphanie lui parle de l’antisémitisme en France. Elle ne peut pas entendre quand il dénonce le nationalisme israélien. Le dialogue vire au pugilat. Bernard-Henri Lévy, qui passe son temps à avaler des marshmallows, finit par « entarter » Stéphanie, avant de recevoir de Kevin un coup de feu mortel… Et de se relever : nous sommes au théâtre.

Il vous reste 25.59% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.