Thomas B. Reverdy, un romancier contre le chaos

L’écrivain Thomas B. Reverdy, en mars.

« Climax », de Thomas B. Reverdy, Flammarion, 336 p., 20 €, numérique 14 €.

De La Montée des eaux (Seuil, 2003) à Climax, son huitième roman, l’œuvre de Thomas B. Reverdy est habitée par « une espèce d’obsession de la disparition », selon ses propres mots. Comme le glaciologue de son nouveau livre, qui recense les espèces en voie d’extinction dans le cercle arctique et photographie l’état des glaciers dans le nord de la Norvège, l’écrivain veut « retenir les éclats de beauté du monde dans lequel nous vivons ».

Quand on le retrouve chez son éditeur, à la sortie d’un été marqué par des phénomènes climatiques extrêmes, l’évidente actualité de son roman, qui met en scène les conséquences de la fonte des glaces, pourrait presque se passer de commentaires. L’auteur revient néanmoins volontiers sur le parcours qui l’a conduit à écrire ce texte aussi polaire que crépusculaire. « Mon premier roman racontait le décès de ma mère, rappelle-t-il. Dans le fond, je pense que c’est vraiment cet événement qui a fait de moi un écrivain. Avant, j’écrivais des poèmes pour séduire les filles et des paroles de chansons pour mes copains, mais tout cela manquait d’enjeu. Quand j’ai perdu ma mère, les mots ne voulaient plus dire grand-chose. Je suis devenu romancier en faisant cette espèce d’effort contre le chaos. »

Entre nécessité intime et horizon collectif

Engagée par un événement intime, qui aurait pu faire de lui l’auteur d’un seul livre, l’écriture de Thomas B. Reverdy, irrémédiablement marquée par cette volonté de « garder la trace de tout ce qui est en train de disparaître », a su renouveler ses « enjeux » et explorer cette obsession sous d’autres angles. Depuis Les Evaporés (Flammarion, 2013), inspiré par un long séjour au Japon, l’écrivain semble avoir élargi sa focale et trouvé, avec Climax, le point d’équilibre entre nécessité intime et horizon collectif. Ecrire un roman, dit-il, est aujourd’hui une manière de « parler de notre monde, de notre façon de l’habiter. C’est écrire l’histoire des hommes au moment des catastrophes, et tenter d’en façonner les légendes pour qu’une trace en subsiste ».

Thomas B. Reverdy n’a rien d’un activiste écologiste ni d’un militant de la cause environnementale. Il récuse même l’expression « roman engagé » pour qualifier Climax, quoique sa colère soit patente face au cynisme des industriels pour lesquels la fonte des glaces est l’occasion rêvée d’accéder à de nouvelles réserves d’hydrocarbures. « Je me contente d’écrire un récit du désastre en cours, tant qu’on peut encore le faire. C’est modeste, comme rôle, pour lutter contre la fonte des glaces et le réchauffement climatique, concède-t-il. Mais c’est sûrement utile de se donner des histoires pour arriver à vivre. Après les catastrophes, il ne reste jamais que les mots pour témoigner de ce qui y a mené. »

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