« Till Tomorrow », sur Ushuaïa TV : un tour d’horizon des relations entre l’homme et la nature

A la rencontre des nomades mongoles, dans la région de l’Arkhangai.

USHUAÏA TV – SAMEDI 5 JUIN À 20 H 45 – DOCUMENTAIRE

« Je vis dans une région sauvage, et j’aime la nature. » Emmitouflé au milieu d’une forêt clairsemée de la taïga, Amgalan Tsolmon, 20 ans, rayonne tout en veillant, avec sa famille, sur un paisible troupeau de rennes. Dans son village d’Alaska, « la nature est comme un ancien ou un parent, que l’on vénère et protège », déclare un autre jeune homme. A des milliers de kilomètres, Yamada Suzusappno explique la proximité ancestrale pour les Aïnous japonais entre les humains et les kamuy, « dieux du vent, de la mer et de la montagne ».

Pour réaliser Till Tomorrow (« jusqu’à demain »), diffusé samedi 5 juin dans le cadre de la Journée mondiale de l’environnement, les équipes de tournage sont parties à la rencontre des populations de l’hémisphère Nord dites « primaires », capables de vivre en symbiose avec leur environnement et érigées ici en modèles.

Elles en rapportent des images étonnantes et des témoignages passionnants, qui s’intercalent avec les analyses de nombreux intervenants, en tête desquels Philippe Descola, professeur au Collège de France, dont l’érudition ne doit pas effrayer – titulaire jusqu’en 2019 de la chaire Anthropologie de la nature, il est considéré comme l’héritier de Claude Lévi-Strauss.

« Dire que telle ou telle population est plus proche de la nature est commettre un non-sens, explique-t-il. La nature, l’histoire, la société… tous ces concepts “eurocentrés” désignent des réalités pour nous, mais pas pour le reste du monde. »

Rôle essentiel des religions

Ainsi, en Mongolie, où une jeune femme explique faire des offrandes à la montagne et ne pas couper la végétation « pour ne pas provoquer la colère des dieux ». En France, Sabah Rahmani, également anthropologue, ne dit pas autre chose en rappelant qu’il n’y a pas de hiérarchie entre l’homme, la nature et les animaux chez les animistes.

Le rôle essentiel joué par les religions est développé par le sociologue Frédéric Lenoir (ancien directeur du Monde des religions de 2004 à 2009). Les religions monothéistes ont, par essence, éloigné leurs fidèles de la nature, la Bible appelant à la « dominer ».

Nicolas Vanier, explorateur : « On s’est habitués à tourner un robinet pour avoir de l’eau et à appuyer sur un bouton pour avoir de l’électricité »

Une influence amplifiée dans les civilisations monothéistes par la société de consommation, dénonce Nicolas Vanier, explorateur, réalisateur et parrain du documentaire avec Yann Arthus-Bertrand. « Une partie exponentielle des humains s’est [alors] trouvée totalement déconnectée de la nature. (…) On s’est habitués à tourner un robinet pour avoir de l’eau et à appuyer sur un bouton pour avoir de l’électricité. » Sans plus s’interroger.

Atavisme ? Le dernier quart d’heure, qui interroge justement sur les décisions à prendre pour penser demain, apparaît plus inégal. L’optimisme viendra finalement de l’Hexagone et de Mireille Delmas-Marty, juriste et professeure émérite au Collège de France, viscéralement persuadée que « l’effondrement de la planète n’est pas inéluctable ».

Till Tomorrow, documentaire d’Aimée Bouchet-Crouvizier (Fr., 2021, 60 min). Disponible en replay sur Ushuaïa TV.