Tim Roth : « J’adorerais tourner avec la nouvelle génération de cinéastes »

Tim Roth à la villa il Nidiolo à Venise, le 6 septembre 2021.

La maison avec jardin où a lieu la rencontre avec Tim Roth, à Venise, le 6 septembre, semble loin du vacarme de la Mostra, dont la 78e édition s’achève le 11 septembre. L’acteur britannique, âgé de 60 ans, n’a pas changé. La même allure dégingandée que dans Pulp Fiction (1994), de Quentin Tarantino, où il jouait un petit braqueur avec sa copine « Honey Bunny » (Amanda Plummer). L’acteur flotte dans son jean, marche à grands pas, les bras tatoués sous le tee-shirt blanc. A Venise, il est venu présenter Sundown, du réalisateur mexicain Michel Franco, en lice pour le Lion d’or. En juillet, il était à Cannes aux côtés de Vicky Krieps et de Mia Hansen-Love, laquelle dévoilait Bergman Island, en compétition. L’acteur multicarte, qui navigue entre films d’auteur et grosses productions depuis trente ans, est aussi le réalisateur de The War Zone (1999), un film sur l’inceste.

Dans « Sundown », vous incarnez un homme malade qui n’en a plus pour longtemps et passe ses vacances à Acapulco avec sa sœur, interprétée par Charlotte Gainsbourg… Que diriez-vous de votre personnage ?

C’est un homme qui décide comment il va finir sa vie. Il ne rentre pas à Paris, reste au Mexique, laissant sa sœur se dépatouiller avec l’entreprise familiale. C’est un choix luxueux, de privilégié, car il vient d’une famille fortunée. Je connais les motivations du personnage, on les a tournées, mais je ne sais pas ce qu’en a fait Michel Franco. A vrai dire, je n’ai pas vu Sundown à la Mostra ! Je ne regarde jamais mes films en festival, je préfère les découvrir avec de vrais spectateurs. J’ai fait une exception, à Cannes, cet été : Mia était tellement anxieuse avant la montée des marches qu’avec Vicky Krieps nous nous sommes installés avec elle et avons regardé le film.

Connaissiez-vous le cinéma de Mia Hansen-Love avant de tourner avec elle ?

Non, je suis tellement ignorant ! Au départ, elle avait choisi un autre acteur pour le rôle, mais finalement il n’a pas pu le faire. Mia a tourné une première partie du film sur l’île de Faro sans le personnage masculin, ensuite je suis venu « boucher les trous ». Dans sa fabrication, le film était déjà bergmanien ! Mia est une personne inhabituelle, si calme… Elle a dû canaliser notre énergie, la mienne et celle de Vicky, qui est juste excentrique, « folle » et merveilleuse. On a rencontré des gens formidables sur cette île, mais les habitants sont fatigués par ce tourisme autour de Bergman ! Mon fils Hunter Roth était sur le tournage. Il a fait quelques prises de vues, des paysages.

Votre fils est cinéaste…

Oui, et j’ai un autre fils acteur, qui vit à Londres, et encore un troisième, qui est musicien, en Californie. Tous artistes, bonne chance !

On dit que vous avez quitté l’Angleterre au tournant des années 1990, lassé par le libéralisme de Margaret Tatcher (1979-1990)…

Ce n’était pas vraiment un choix. J’étais parti aux Etats-Unis pour tourner avec Robert Altman Vincent et Théo (1990). Mon agent m’a proposé de prolonger mon séjour pour enrichir mes contacts. Et là est arrivé Tarantino, qui m’a pris dans Reservoir Dogs (1992) ! Et ainsi de suite, d’autres rôles ont suivi, je me suis installé. Je suis tellement bien en Californie, dans un endroit calme, à l’écart de Los Angeles…

Politiquement, vous aviez soutenu Bernie Sanders lors des dernières primaires démocrates. Quel regard portez-vous sur Joe Biden depuis l’opération de retrait des troupes américaines d’Afghanistan ?

J’ai soutenu Bernie mais je ne vote pas aux Etats-Unis. Je ne sais pas, pour l’Afghanistan, tout cela avait commencé avec Trump… D’ailleurs, je suis persuadé que Trump reviendra se présenter pour un nouveau mandat en 2024. Aux Etats-Unis, les candidats sont en campagne permanente, c’est fatigant. D’ailleurs, il y a eu un moment où j’ai arrêté d’écouter les infos : c’était pendant le Covid, on devait s’occuper des parents de ma femme, qui étaient à haut risque, et on s’est concentrés là-dessus. Faire en sorte qu’ils restent en vie…

Outre Altman, Tarantino, vous avez tourné avec James Gray (« Little Odessa », 1994), Tim Burton (« La Planète des singes », 2001), Francis Ford Coppola (« L’Homme sans âge », 2007), etc. Avec qui aimeriez-vous encore travailler ?

Hum… Jane Campion, Cate Blanchett j’adorerais ! Et puis avec une nouvelle génération de cinéastes, bien sûr.

Dans l’immédiat, quels sont vos projets ?

Je pars dans dix jours en Afrique, au Ghana, pour une magnifique aventure portée par la réalisatrice française Marie-Hélène Roux. Nous allons raconter l’histoire du médecin congolais Denis Mukwege – incarné par Djimon Hounsou – qui répare les femmes victimes de mutilations génitales, dans son hôpital de Panzi. On a mis un temps fou à trouver de l’argent pour ce film sérieux. Personne ne voulait le financer ! Je vais jouer le chirurgien belge Guy-Bernard Cadière, qui travaille avec le docteur Mugweke depuis quelques années. Eh oui, ce sera un Belge qui parle anglais, ce qui facilite la diffusion du film. Ensuite, repos !