Tom McCarthy, réalisateur de « Stillwater » : « Il fallait subvertir l’image d’intégrité de Matt Damon »

Matt Damon joue le rôle de « Bill » dans le film « Stillwater », du réalisateur Tom McCarthy.

De l’intimisme de The Station Agent à l’engagement militant de Spotlight, Tom McCarthy a souvent surgi là où on ne l’attendait pas. Avec Stillwater, il débarque à Marseille sur les pas de Bill Baker (Matt Damon), prolétaire de l’Oklahoma venu rendre visite à sa fille emprisonnée. Le réalisateur américain est allé chercher les scénaristes Thomas Bidegain et Noé Debré qui ont travaillé, notamment, avec Jacques Audiard. Rencontré à Cannes en juillet, au lendemain de la première mondiale du film, le trio raconte son travail commun.

Qu’est-ce qui a déclenché l’écriture du scénario ? L’affaire Amanda Knox, qui avait vu la condamnation pour meurtre d’une étudiante américaine par la justice italienne ?

Tom McCarthy : C’était il y a une dizaine d’années. Cette histoire me passionnait, mais je ne voulais pas en faire la relation d’un fait réel. Je m’intéressais aux relations qui s’étaient tissées autour de cette affaire où des gens ordinaires voient leur fille prise dans une situation affreuse, sans avoir les moyens de gérer ça.

Vous avez situé cette histoire au bord de la Méditerrannée. Pourquoi ?

T. M. : Je me suis demandé jusqu’où une jeune fille irait pour s’éloigner de son père. L’Oklahoma est un Etat enclavé, plat, blanc. Marseille est au bord de la mer, avec sa diversité, son énergie. A ce moment-là, je lisais les romans policiers de Jean-Claude Izzo – sa trilogie de Marseille est fantastique. Ça m’a donné envie de voir les lieux où étaient situés les romans.

Vous avez abandonné ce scénario parce qu’il lui manquait quelque chose…

T. M. : Le premier travail avec un autre scénariste avait abouti à un thriller sans profondeur que je n’avais pas envie de réaliser. Six ou sept ans plus tard, je l’ai repris en me disant que j’aimais ce mouvement du père qui va voir sa fille en prison à Marseille. Mais, comme j’étais un réalisateur américain qui s’apprêtait à tourner en France, il fallait demander à un scénariste français. J’aime beaucoup les films de Jacques Audiard, ce que Thomas Bidegain et Noé Debré ont écrit avec lui. J’ai envoyé un mail à leurs agents en demandant s’ils auraient le temps de lire ce scénario, et de me faire part de leurs remarques. Leur critique et leur diagnostic ont été très explicites et très brillants.

Comment avez-vous réagi à cette proposition et à ce matériau ?

Thomas Bidegain : Pour un Français, c’est rare de recevoir une proposition d’un réalisateur américain. On se demande ce que le film va dire du monde, et c’est une occasion de dire quelque chose des Etats-Unis. Il y a quatre ans, quand on parlait à des amis américains, le pays semblait si divisé, personne ne comprenait rien à Trump.

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