Toulon accueille l’utopie italienne du Centre Pompidou

De gauche à droite : canapé Kandissi (1979) par Alessandro Mendini, canapé Safari (1968) d’Archizoom, appliques Negresco (1981) de Martine Bedin et chaise First (1983) de Michele de Lucchi.

Aussi réjouissante que la façade haute en couleur de l’Hôtel des Arts qui l’abrite – relookée par l’artiste Alexandre Benjamin Navet –, telle est la nouvelle exposition du Centre Pompidou à Toulon, baptisée « Futurissimo – L’utopie du design italien 1930-2000 ».

Dès l’entrée le visiteur est happé par une déferlante de chaises. Il y a cet ancêtre du siège de dactylo, pivotant, en gros tubes d’aluminium et skaï rouge (1936-1937, de Gio Ponti), ce fauteuil réglable et empilable dans un nouveau matériau, le plastique, qui permet, pour la première fois, d’associer forme et couleur (Universale, 1965, de Joe Colombo), ou cette chaise drolatique de résine jaune montée sur des pieds à ressorts (Broadway, 1993, par Gaetano Pesce). Une quinzaine d’assises trônent ainsi dans l’entrée du musée, sur une rampe centrale autour de laquelle on peut se promener.

« Elles résument l’avant-gardisme des Italiens, qui engendrent au siècle dernier un design industriel en accrochant savoir-faire artisanaux et entreprises émergentes (Poltrona Frau, Alessi, Danese…) », commente la commissaire Marie-Ange Brayer, qui présente ici plus de 200 œuvres. « Elles incarnent aussi les grandes transformations sociales et politiques du XXe siècle, des courants de pensée bien au-delà du simple fonctionnalisme de l’objet », précise la cheffe du service design et prospective industrielle au Musée national d’art moderne Centre Pompidou.

« Fonction chamanique »

Ainsi, le rationalisme, courant né dans les années 1920 en Italie du Nord sous l’influence du mouvement moderne, est illustré par le mobilier sévère, sans ornement, de Giuseppe Pagano. Auquel s’oppose, après-guerre, un mouvement organique figuré par Carlo Mollino, avec ce fauteuil tout en courbes et contre-courbes, et ce bureau, pièce unique : une volute d’une seule feuille de bois. D’autres créateurs, à l’aube des années 1970, vont réhabiliter le décoratif. Ettore Sottsass, de retour d’un séjour en Inde, entend même donner une dimension rituelle aux objets. D’où ce fascinant fauteuil-tapis volant (1974) qui flotte dans une salle consacrée au fondateur du mouvement Memphis. Maître à rêver, Andrea Branzi défend aussi le « design émotionnel » et clôture l’exposition avec une œuvre à « la fonction chamanique », Grande Legno, 2019, récente acquisition du Centre Pompidou.

La salle 9 de l’Hôtel des Arts de Toulon, dédiée aux arts de la table.

La scénographie intelligente de Jean-Baptiste Fastrez sert le propos de Marie-Ange Brayer. Ici, on pénètre dans une salle de rédaction au décor seventies avec des bureaux marron sur lesquelles sont posées des machines à écrire. Là, on entre dans une chambre fictive, où les lampes s’éclairent tour à tour, indémodables, signées Gino Sarfatti, Gae Aulenti ou Michele De Lucchi.

Avec cette deuxième exposition à Toulon, la conservatrice montre que l’on peut faire valser chaises et lourdes thématiques design sans perdre en qualité. Comme un modèle « décentralisé » pour Laurent Le Bon, nouveau président du Centre Pompidou, en travaux de 2023 à 2027. Venu dans le Var soutenir son épouse Constance Guisset, l’invitée d’honneur de Design Parade Hyères, il a fait une visite surprise à Toulon ce week-end.

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