Tourisme : aux Antilles, un mois de juillet « honorable » et un mois d’août « catastrophique »

Une rue vide avec ses magasins fermés, à Fort-de-France, lors du quatrième confinement en Martinique, le 11 août 2021.

Six semaines après l’entrée en état d’urgence sanitaire et un mois après le début du confinement, les professionnels du tourisme de Guadeloupe et de Martinique ont du vague à l’âme, alors que la période des grandes vacances touche à sa fin. Et dire qu’il y a seulement trois mois, tout le secteur s’était laissé gagner par l’euphorie.

En effet, le 9 juin, le gouvernement avait levé l’obligation de justifier d’un motif impérieux pour tout déplacement entre la France hexagonale et les deux îles sœurs des Antilles. Introduite début février, afin de prévenir l’arrivée des variants du SARS-CoV-2 dans ces territoires ultramarins, cette mesure avait interrompu brutalement la haute saison touristique qui y battait son plein, vidant prématurément les vols et les hôtels, alors que ceux-ci affichent habituellement complet de décembre à avril.

Couvre-feu, restrictions…

En l’espace de quelques semaines, le secteur du tourisme était donc sorti d’une longue hibernation : les compagnies aériennes augmentaient considérablement leur offre de sièges vers Pointe-à-Pitre et Fort-de-France au départ de Paris, tandis que les hôteliers se mettaient à embaucher des saisonniers en toute urgence. Symbole de cette déferlante d’optimisme, le 3 juillet, le village du Club Med Les Boucaniers de Martinique, à Sainte-Anne, rouvrait ses portes restées closes depuis mars 2020.

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Hélas, la situation s’est rapidement dégradée. D’abord, en Martinique, où, seulement dix jours après la réouverture tant attendue de l’emblématique club de vacances, Emmanuel Macron déclarait l’état d’urgence sanitaire sur l’île. Le 30 juillet, c’était au tour de la Guadeloupe de renouer avec un couvre-feu et avec d’autres restrictions. Dans la foulée, les motifs impérieux, une mesure honnie des professionnels du tourisme et des voyages, ont refait leur apparition.

Pour le tourisme, cependant, le coup d’arrêt n’a pas été brutal. « On a eu un mois de juillet à peu près normal, plutôt de bonne facture même. En revanche, le mois d’août sera catastrophique, résume Patrick Vial-Collet, président de la chambre de commerce et d’industrie (CCI) des Îles de Guadeloupe. Tous ceux qui vivent du tourisme comptaient sur juillet-août pour retrouver un peu leur souffle. »

« Un manque à gagner de près de 1 milliard d’euros »

Le coup est rude pour ce secteur crucial de l’économie guadeloupéenne, dont dépendent, directement et indirectement, entre 15 000 et 20 000 emplois dans l’archipel. « Le tourisme, dans sa globalité, représente environ 800 millions d’euros par an d’apport d’argent en Guadeloupe », affirme M. Vial-Collet, lui-même dirigeant d’une chaîne hôtelière et président de la holding propriétaire de la compagnie aérienne Corsair. En 2020 et 2021, la dépense touristique globale devrait s’élever à 300 millions d’euros annuels, 350 millions tout au plus, estime le président de la CCI. « Sur ces deux années, cela fait un manque à gagner de près de 1 milliard d’euros pour la Guadeloupe », se désole-t-il.

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