Tourisme : « Si nous ne faisons rien, les consommateurs et les gouvernements nous sanctionneront »

Julia Simpson, le 10 août 2021.

Ancienne conseillère de Tony Blair à Downing Street, puis membre du directoire de British Airways et de sa maison mère IAG, Julia Simpson a pris, en août, la direction du Conseil mondial du voyage et du tourisme (WTTC), le lobby du secteur du voyage. Une organisation rassemblant plus de 200 membres aux profils disparates, mais dominée par les croisiéristes, les compagnies aériennes et les spécialistes du voyage d’affaires. A l’occasion du forum A World For Travel, qui s’est tenu jeudi 16 et vendredi 17 septembre à Evora (Portugal), Mme Simpson faisait sa première apparition publique.

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Vous avez pris la direction du WTTC alors que le secteur commence à relever la tête, après dix-huit mois d’arrêt. Quelle est votre priorité ?

Remettre le secteur du voyage et du tourisme sur pied. Pour ce faire, l’urgence est de reconnecter le monde, avec l’aide des gouvernements. Il y a deux facteurs limitants : la nouvelle vague épidémique dans tout une partie du monde et le manque de disponibilité des vaccins. Nous discutons avec les responsables du programme Covax. Certains disent qu’il faudra encore cinq ans avant que les vaccins soient disponibles dans le monde entier.

Il ne faut donc plus raisonner en termes de pays d’origine, mais d’individus. Qu’importe la nationalité, on doit pouvoir voyager si l’on a un passe numérique montrant sa double vaccination – quel que soit le vaccin, dès lors qu’il a été validé par l’Organisation mondiale de la santé –, sa négativité ou une infection récente, comme l’a fait brillamment l’Union européenne. A l’échelle mondiale, il y a eu un manque de leadership gouvernemental sur cette question. Cela doit se régler au niveau du G20.

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Entendez-vous les appels lancés au secteur afin qu’il réduise son impact sur l’environnement ?

Nous sommes tout à fait conscients que c’est ce que les consommateurs attendent de nous. Si nous ne faisons rien, ils nous sanctionneront et les gouvernements, aussi. Nous n’avons pas le choix. Je suis sûre que nous relèverons ce défi. Beaucoup d’acteurs le font déjà depuis longtemps, parce qu’ils y croient. J’ai vu dans l’aérien les efforts de recherche qui sont déployés pour trouver des solutions technologiques. Naturellement, certaines industries vont s’éloigner des énergies fossiles plus rapidement que d’autres, qui auront besoin de carburant encore longtemps. Néanmoins, des solutions alternatives sont à l’étude.

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Toute activité humaine consomme du carbone et apparaît, d’une certaine manière, non soutenable. Chaque fois que j’effectue une recherche sur mon téléphone, il y a un centre de données, quelque part dans le monde, qui brûle du carbone. C’est un défi pour tout le monde. Evidemment qu’il faudrait manger moins de viande, moins emprunter les transports privés… Le tourisme fait partie d’un ensemble, et les gens prendront leurs décisions. Mais je pense qu’il est dans la nature humaine de se rencontrer, de voyager et que cela va perdurer. Je ne crois pas qu’il y aura moins de tourisme à l’avenir, y compris dans le voyage d’affaires.

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