« Tout s’est bien passé » : un père et sa fille en route pour le dernier voyage

Emmanuèle (Sophie Marceau) et son père André (André Dussollier).

L’AVIS DU « MONDE » – À VOIR

Le film commence et s’achève sur un appel téléphonique. Le premier apprend à Emmanuèle (Sophie Marceau) que son père (André Dussollier), victime d’un accident vasculaire cérébral, vient d’être hospitalisé. Le deuxième l’avertit que « tout s’est bien passé » : son père est mort, euthanasié, ainsi qu’il l’avait souhaité. Entre ces deux moments s’interposent plusieurs mois dont le compte à rebours, inscrit à l’image, a pour effet d’intensifier chaque instant de vie qu’il nous montre, et chaque dialogue qu’il fait entendre.

Affilié à cette urgence, le vingtième long-métrage de François Ozon prend le parti de la plus grande simplicité en s’attachant aux scènes et aux gestes du quotidien, leur drôlerie parfois, leur insignifiance souvent. Une approche qui a pour vertu de tenir le récit à distance du tragique et d’en adoucir l’échéance, tout en nous évitant le film à thèse.

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On en sait gré au cinéaste qui, ainsi, ne trahit pas le livre qu’il adapte : Tout s’est bien passé, d’Emmanuèle Bernheim, paru en 2013 (Gallimard), quatre ans avant la mort de l’écrivaine qui, par ailleurs, collabora avec le réalisateur sur les scénarios de Sous le sable (2000), Swimming Pool (2003),× 2 (2004) et Ricky (2009). Dans ce texte, l’auteure racontait les derniers moments de l’existence de son père, André Bernheim qui, victime, à 88 ans, d’un AVC, demande à sa fille aînée, Emmanuèle, de l’aider à en finir. L’homme « s’était toujours remis de tout », aimait la vie dont il avait joui autant qu’il le pouvait. Il ne souhaitait pas la terminer « diminué ». Au diable, la France qui interdit l’euthanasie. S’il fallait aller en Suisse, il irait. Sa fille n’avait qu’à se débrouiller.

C’est ce voyage que met en scène le film de François Ozon, voyage intérieur (le deuil annoncé) autant que physique (de Paris à Berne), dont le parcours, comme tout périple, est semé d’écueils, de retournements de situation, d’épisodes susceptibles d’en retarder l’aboutissement. Le suspense s’installe, s’impose d’autant plus que le père se porte de mieux en mieux, à mesure qu’approche sa fin. Peut-être pourrait-il revenir sur sa décision. Peut-être aussi que le départ vers la Suisse n’aura pas lieu, puisque quelqu’un, on ignore qui, entreprend de l’empêcher en allant dénoncer le projet à la police. Ce n’est plus, dès lors, un voyage, mais une évasion qui s’organisera dans le désordre et la précipitation.

Père maître du jeu et du film

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