Trente-trois ans après Séoul, Claire Supiot se reprend aux Jeux

Atteinte d’une maladie neuromusculaire héréditaire, Claire Supiot a repris la natation en 2015.

Claire Supiot s’avance dans la lumière, appuyée sur une canne, les cheveux humides et le sourire aux lèvres. Il est 8 h 30, elle en termine avec deux heures d’entraînement. A l’entrée de la piscine Jean-Bouin, à Angers, les ados qui filent dans les vestiaires ne lui prêtent guère attention. Pourtant, c’est là, dans les bassins où ils vont s’ébrouer, que la championne d’Europe 2018 du 50 m nage libre se prépare depuis de longs mois à disputer les Jeux paralympiques de Tokyo, qui s’ouvrent le 24 août.

A 53 ans, elle est la première athlète française – hommes et femmes confondus – à disputer les Jeux paralympiques après avoir connu la fièvre des Jeux olympiques. Elle a participé aux JO de 1988, à Séoul, à l’âge de 20 ans. Elle a été éliminée lors des séries du 200 m papillon. A l’époque, la nonuple championne de France de la discipline ne rêvait même pas de podium ni de médaille, juste de participer à cet événement planétaire. Cette année, c’est différent : la doyenne de l’équipe de France de para natation va au Japon en visant un podium. Elle sera sur le plot de départ des 100 m et 400 m nage libre, du 200 m quatre nages et du 100 m papillon.

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Une incroyable revanche sur la vie pour Claire Supiot, qui combat la maladie de Charcot-Marie Tooth depuis treize ans. Avant elle, cette maladie neuromusculaire héréditaire avait affecté son père, un oncle et une de ses tantes. Pour Claire Supiot, maître-nageuse de profession, une chute un peu étrange suivie d’une fracture au pied ont sonné la première alerte, en 2008, alors qu’elle dirigeait un entraînement.

L’eau, son élément

La maladie a évolué, Claire ne parvenait plus à soulever ses jambes. Il lui a rapidement fallu utiliser des chaussures à vérins, avec un système sous la semelle qui aide à lever le pied. Grâce à la rééducation, elle les a finalement remisées au profit d’une canne, et compose désormais avec le soutien ponctuel de « Lulu », son fauteuil électrique. Mais dans l’eau, c’est différent. « Je tourne les bras comme tout le monde, j’utilise un peu moins mes jambes mais je fais les quatre nages. Je ne fais plus de ciseau en brasse et, en ­papillon, l’ondulation reste naturelle et jolie, elle est juste moins efficace. »

Pour être qualifiée à Tokyo, la championne a nagé matin et soir, à la piscine Jean-Bouin d’Angers, ici en février.

La natation, elle ne l’a vraiment reprise qu’en 2015, contre toute attente. Il a suffi d’une séance d’aquagym, proposée par Annick, sa voisine et amie de Juigné-sur-Loire, où elle réside. Elle a tout de suite mesuré les bienfaits de la poussée d’Archimède sur son organisme. « Ça m’a fait du bien d’être portée par l’eau, de me réapproprier mon corps. Je voulais juste être en forme. Mais ça ne m’a pas suffi. »

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