Trois cinéastes remuent ciel et terre pour sauver des Afghans menacés

Des réfugiés afghans embarquent à bord d’un Airbus de l’Armée de l’air française lors d’une escale aux Emirats arabes unis, le 23 août.

En temps normal, l’Iranien Mohsen Makhmalbaf et les Afghans Atiq Rahimi et Siddiq Barmak courent les festivals de cinéma. Depuis trois mois, toutefois, ces trois cinéastes ­multiprimés ont mis leurs projets personnels en sourdine pour aider les réalisateurs, artistes, journalistes et intellectuels afghans à quitter un pays retombé sous le joug des talibans. Leur mobilisation a permis, en août, d’exfiltrer vers la France près de 270 personnes, dont une vingtaine a depuis émigré vers d’autres pays européens. Aujourd’hui, encore, le trio est sur le pied de guerre pour sauver quelque 530 Afghans qui n’ont pu être évacués.

Vingt ans que ces trois-là se connaissent, s’apprécient et parfois s’épaulent. Exilés en France respectivement depuis 1985 et 2015, Atiq Rahimi et Siddiq Barmak n’ont jamais rompu les liens avec leur terre natale, qui est aussi le pays de cœur de Mohsen Makhmalbaf, chef de file, avec le défunt Abbas Kiarostami, de la nouvelle vague iranienne. Mohsen Makhmalbaf y a tourné une dizaine de films, dont Kandahar (2001), consacré au sort des femmes afghanes sous le régime des talibans.

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Son apport, tant financier que technique, fut décisif dans la production, en 2002, du film Osama, de Siddiq Barmak, drame racontant le sort d’une fillette afghane victime du cauchemar intégriste. Ensemble, les deux cinéastes ont par la suite organisé des ateliers et des sessions de formation pour de jeunes réalisateurs afghans.

Mise en place d’une « cellule de crise »

Atiq Rahimi était, de son propre aveu, coupé du monde dans son village français à 100 kilomètres de Paris, plongé dans l’écriture de deux scénarios, quand, le 26 juillet, Siddiq Barmak l’a appelé, désespéré. Les cinéastes et acteurs afghans qu’ils connaissent sont en panique, les villes afghanes tombent les unes après les autres. La chute de Kaboul est inexorable. « Je recevais une centaine de messages chaque jour », rapporte le cinéaste originaire du Panchir qui réside depuis six ans à Angers.

« On se parlait à toute heure de la nuit, on craignait que, si on dormait, des vies soient perdues. » Mohsen Makhmalbaf

Prix Goncourt 2008 pour son roman Syngué sabour. Pierre de patience (P.O.L), Atiq Rahimi connaît bien l’intelligentsia parisienne. Très vite, les deux amis improvisent une cellule de crise, rapidement rejoints par Mohsen Makhmalbaf, basé depuis dix ans à Londres après un séjour en France. « On se demandait d’un côté si c’était bien que des milliers d’intellectuels quittent l’­Afghanistan et abandonnent ainsi le pays aux seuls talibans, se souvient le cinéaste iranien. De l’autre côté, il n’y avait pas le choix, leur vie était en danger. »

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