Trois essais critiques sur la politique éducative

Livres. Dans les ouvrages d’éducation de cette rentrée, en voici trois dont les auteurs ont en commun, chacun à leur façon, le statut actuel de minoritaire dans la bataille de l’opinion, et l’énergie psychique de vouloir reprendre un jour le dessus.

Dans Ecole publique et émancipation sociale, l’enseignante au lycée et historienne Laurence De Cock, figure de la gauche éducative, très à gauche en même temps que défenseure des « pédagogies de l’émancipation » (l’alliance des deux, aujourd’hui, ne va pas de soi), déploie son propos, à la fois en érudite et en militante, sur deux axes. Elle traite d’une part des différentes déclinaisons de l’idéal de l’école publique, telles que les bases en furent posées dans les controverses de la révolution française et telles qu’elles mènent au contemporain « parcours cabossé de la démocratisation scolaire » entamé depuis la Libération. Elle creuse ensuite (mais les deux thèmes s’entrecroisent) « les questions posées à l’école depuis que le néolibéralisme s’y attaque ».

Egalité d’accès aux savoirs

Une fois déroulées les critiques de la politique ­éducative de Jean-Michel Blanquer, l’autrice en vient aux questions qui se posent à une gauche embrouillée dans la redéfinition de sa vision égalitaire de l’accès aux savoirs, mais aussi dans le tri des stratégies pour y parvenir. La partie la plus originale du livre porte justement sur l’exposé des clivages au sein des pédagogies schématiquement dites « alternatives », sur leurs racines historiques et leurs recompositions actuelles, incluant les « déserteurs de gauche de l’école publique » et leur choix de l’entre-soi dans une nouvelle génération d’écoles payantes au public favorisé. Elle détaille enfin comment et pourquoi « la réflexion sur les pratiques, élément majeur de la démocratisation scolaire » est désormais stigmatisée par une partie importante des enseignants de gauche, à travers le concept de « pédagogisme ».

A ce sujet, Philippe Watrelot, professeur en sciences économiques et sociales au lycée, formateur et militant pédagogique, a choisi de retourner le stigmate. Auteur de Je suis un pédagogiste, il assume ce néologisme dépréciatif dont la diffusion revient au linguiste ex-maoïste Jean-Claude Milner dans son ouvrage De l’école (Seuil, 1984). Après un long cheminement dans le microcosme intellectuel, le mot a été massivement utilisé lors de la contestation de la réforme du collège de 2015, puis intégré au lexique ordinaire des politiques de droite (à l’exception d’Alain Juppé), lors de la dernière campagne présidentielle.

Il vous reste 52.55% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.