Trois livres jeunesse sur les déboires de l’amitié

> Chercher en soi

« Amitiés », de Charlotte Zolotow et Benjamin Chaud.

C’est la rentrée. Les amitiés de toujours ne passeront peut-être pas l’automne. Qui sait si, dans une nouvelle classe, celle qui avait juré fidélité ne va pas trouver un autre comparse, avec lequel elle jouera aux mêmes jeux, sans un regard pour son ex-meilleure copine ? La trame de cet ouvrage, écrit par l’autrice jeunesse américaine Charlotte Zolotow dans les années 1960, est simple et droite. Un enfant voit sa meilleure amie lui préférer un autre. Pas de happy end, pas de morale lourdingue : il se fait une raison, seul dans son lit, et espère qu’un jour son chagrin se tarira. Accompagnée par les dessins boisés et espiègles de Benjamin Chaud, l’histoire est sans surplomb, sans adulte, où l’on va chercher en soi la consolation.

Amitiés, de Charlotte Zolotow et Benjamin Chaud, traduit de l’américain par Nadine Robert (Little Urban, 40 pages, 14,50 euros). Dès 3 ans.

> Question de déséquilibre

« Ce n’est pas grave, mon crapaud », de Soyung Lee.

La cour d’école, c’est Santa Barbara. « C’est plus ma copine », « c’est mon nouveau meilleur copain du monde » : chaque récré comporte les ingrédients d’un soap opera. Mais ces phrases rituelles ne devraient pas faire oublier aux parents, spectateurs passifs de ce mélodrame quotidien, l’intensité des sentiments qui les provoquent. Dans cet album, il y a Crapaud rouge et Crapaud blanc. Ils sont très amis et habitent ensemble. Le premier a plein de potos, qu’il aime voir, mélanger, partager. Le second n’aime que Crapaud rouge et ne comprend pas pourquoi il ne suffit pas à son copain. C’est de ce déséquilibre qu’il est question, et de la jalousie, la culpabilité et la rage que suscite ce besoin d’exclusivité. Pas de jugement moral ici, juste un récit auquel s’identifier lorsqu’on a du mal à partager son « meilleur copain ».

Ce n’est pas grave, mon crapaud, de Soyung Lee (Les Editions des éléphants, 48 pages, 15 euros). Dès 4 ans.

> Mécanique réaliste

« Un petit geste », de Jacqueline Woodson et E. B. Lewis.

Le parti pris graphique de cet album est déstabilisant. Des dessins ultraréalistes, des portraits d’enfants expressifs, très inhabituels dans l’univers de l’édition jeunesse. La narratrice, petite fille à l’école primaire, raconte l’arrivée d’une nouvelle dans la classe, Maya. Par réflexe de groupe, mais aussi parce que Maya est différente, les enfants la malmènent. Ses vêtements ne sont pas neufs, ses jouets sont usés. Dans cette histoire s’articule la mécanique du peer pressure, la pression qu’exercent les enfants les uns sur les autres, et celle du bullying, le harcèlement. On peut regretter une narration très « nord-américaine », tirant vers l’émotion, les bons sentiments et parfois – oserait-on ? – la niaiserie, mais c’est efficace.

Il vous reste 5.05% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.