Tunisie : les tenants d’« une réaction énergique de la communauté internationale » « seraient-ils partisans d’une nouvelle politique de la canonnière ? »

Tribune. Dans une tribune publiée par Le Monde le 10 octobre (« Sur la régression des droits en Tunisie, la communauté internationale ne doit plus détourner le regard »), un collectif d’avocats, d’intellectuels et de journalistes de différents pays en appelle à « une réaction énergique de la communauté internationale » face à la détérioration de la situation politique tunisienne.

Les signataires de cette tribune, tous parfaitement honorables, sont assurément animés des meilleurs sentiments. Toutefois, ils n’ont pas suffisamment pris garde aux ambiguïtés du texte qu’ils ont avalisé.

Leur appréciation sur « le durcissement autoritaire et la régression des droits en Tunisie » me paraît tout autant fondée dans son principe que critiquable dans ses considérants. Un lecteur peu au fait des affaires tunisiennes risque d’en tirer la conclusion que « l’intervention de l’armée » constitue le facteur déterminant du coup de force d’un président, Kaïs Saïed, contre le Parlement. Rien ne lui permet de prendre en compte l’ampleur du soutien populaire apporté au président dans sa mainmise sur les leviers de commande et les symboles de l’Etat.

Dimension plébiscitaire

La dégradation des conditions économiques, sociales et sanitaires du pays a focalisé les mécontentements sur un Parlement embourbé dans un jeu de factions, parfois violent, et corrélativement sur le parti majoritaire, le mouvement islamiste Ennahda. Le président a contribué directement à la paralysie gouvernementale en s’opposant à toute initiative susceptible de menacer son pré carré. Il n’en a pas moins raflé la mise en faisant figure de « sauveur ».

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C’est précisément cette dimension plébiscitaire qui pose problème, et ce à un double point de vue.

D’une part, elle augure d’une régression politique lourde de dangers.

D’autre part, elle place en porte à faux les critiques de cette régression. Comment défendre la liberté politique auprès de couches populaires animées par l’aspiration égalitaire et la détestation des élites politiques ? Certainement pas en dénonçant, très prématurément, « un retour à l’âge de pierre intellectuel » et surtout en faisant appel à la « communauté internationale ».

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Au demeurant, il est permis de s’interroger sur la teneur de cette supposée communauté internationale. S’agit-il de celle des Etats ? Et alors de quels Etats ? La tribune en cause ne le mentionne pas, préférant se draper dans un signifiant flottant. Force est d’interpréter et de considérer que l’appel vise, nolens volens, les partenaires de la Tunisie, autrement dit, les Etats-Unis, l’Europe et les institutions internationales bailleurs de fonds.

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